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HEDY LAMARR : FROM EXTASE TO WIFI

Un film de Alexandra Dean.

 

 

La wifi dont je me sers en ce moment même pour mettre en ligne et partager cet article sur internet, c’est à elle qu’on la doit. Elle en fut la talentueuse inventrice et resta, cependant, ignorée, voire méprisée jusqu’aux dernières années de sa vie où, enfin, elle eut droit à une timide reconnaissance. Mais c’est ce documentaire qui met aujourd’hui en lumière, autant qu’on peut le faire, la personnalité réelle de cette inventrice de génie que fut Hedy Lamarr (1914-2000) et lui rend justice et gloire, autant qu’elle le mérite, et pour de bonnes raisons.

Car, à vrai dire, la gloire, elle l’a connue de son vivant, mais pas à cause de ses dons d’inventrice. À cause, plutôt, de son éclatante beauté, une beauté telle que, paraît-il, lorsque, du temps de sa jeunesse, elle entrait dans une pièce, tout le monde se taisait, muet d’émerveillement. Mais une beauté qui lui joua bien des tours, en fin de compte, d’autant plus que, très jeune, alors qu’elle vivait en Autriche (aux côtés d’un père pour qui elle éprouvait une véritable vénération), elle se fit volontiers photographier dans le plus simple appareil. Mais ce pour quoi on lui colla une étiquette dont elle ne put jamais se débarrasser, ce fut sa participation à un film intitulé « Extase » (1933), film dans lequel non seulement elle joua, dans une scène, complètement nue, mais, dans une autre scène, se livra à une simulation d’orgasme. Le film fit scandale, fut condamné par le pape Pie XI et fut interdit de projection dans l’Allemagne nazie.

Hedy Lamarr, elle, se maria (ce ne fut que le premier de ses nombreux mariages car tous se soldèrent par des échecs) avec un industriel autrichien collaborant avec les nazis. Mais, en 1937, elle qui était juive, devant la montée des périls, se décida à fuir Vienne (une ville dont elle garda toujours la nostalgie) pour gagner l’Angleterre. Elle y rencontra Louis B. Mayer, le patron de la MGM, de passage à Londres, fit la traversée de l’Atlantique sur le même navire que lui et finit par obtenir un contrat dans la célèbre firme. Elle dut cependant déchanter car, en vérité, on ne savait que faire d’elle. La plupart des rôles qu’on lui confia, elle les obtint dans des films médiocres où tout ce qu’on lui demandait de faire, c’était d’exhiber ses charmes. Cela ne l’empêcha pas de devenir une star, la plus glamour d’Hollywood, une beauté sans pareille dont les autres actrices cherchèrent à imiter le style. Son plus grand succès, elle l’obtint grâce à Cecil B. DeMille qui lui confia, en 1949, le rôle de Dalila dans « Samson et Dalila », aux côtés de Victor Mature.

Mais ce que la plupart des gens ignorait, c’est que l'affriolante star, une fois sa journée de travail accomplie, se livrait à sa véritable passion d’inventrice. Qui pouvait supposer que cette femme si belle, faisant la couverture des magazines, était aussi intelligente et aussi douée dans les sciences ? À elle seule, Hedy Lamarr pulvérise le pitoyable cliché qui associe beauté féminine et sottise. C’est pendant la guerre, grâce à sa rencontre avec le compositeur George Antheil, que son génie inventif fut à son apogée. Constatant que les torpilles téléguidées étaient, le plus souvent, repérées par l’ennemi et détruites avant d’atteindre leur objectif, elle imagina, avec la collaboration du musicien, un système indétectable, le saut de fréquences. Son brevet déposé, elle livra le tout à la marine de guerre américaine qui n’en tira aucun parti. S’il y a de la bêtise quelque part, il faut plutôt la chercher de ce côté-là ! Les militaires américains se contentèrent de ranger les documents de l’inventrice avant de lui conseiller de se livrer à la seule chose qu’elle était capable de faire (selon eux) en vue de participer à l’effort de guerre : s’exhiber devant ses admirateurs afin de vendre des bons de guerre (ce qu’elle fit d’ailleurs avec succès !). Ce n’est que bien plus tard, à partir de 1962,  que son invention fut sortie des placards, estimée à sa juste valeur et exploitée sans vergogne par des militaires qui ne songèrent même pas à rémunérer une femme dont la carrière d’actrice était terminée et qui devait faire face à de sérieuses difficultés financières. Toujours est-il que c’est la trouvaille d’Hedy Lamarr qui, en fin de compte, a servi à la création de la wifi et du bluetooth, entre autres applications.

Sans masquer aucune des failles d’une femme et actrice qui, du fait des drogues qu’un prétendu médecin lui fit ingurgiter, connut des heures sombres et chercha aussi à conserver (ou retrouver) sa beauté en recourant à la chirurgie esthétique, ce documentaire en révèle aussi et surtout la grandeur d’âme. À la fin de sa vie, lorsqu’on l’interrogeait, elle préférait les mots du pardon à ceux de la rancœur. 

8/10

 

                                                                       Luc Schweitzer, ss.cc.

Tag(s) : #Films, #Documentaires, #Cinéma de patrimoine
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