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DONBASS

Un film de Sergei Loznitsa.

 

 

« On ne voit bien le mal de ce monde qu’à condition de l’exagérer », écrivait Léon Bloy dans son Journal. Une affirmation que l’auteur du « Désespéré » mit largement en pratique dans ses écrits comme le fait à présent au cinéma Sergei Loznitsa pour nous faire entrevoir quelque chose de la réalité de l’absurde guerre fratricide qui se déroule dans l’est de l’Ukraine.

En voyant ce film, je songeais aussi à ce que fit l’écrivain Karl Kraus (1874-1936) quand il rédigea « Les Derniers Jours de l’Humanité », rassemblant en d’abondantes scènes des faits et propos réels vus et entendus du côté autrichien durant la Première Guerre mondiale. Tout a l’air d’être exagéré parce que tout est réuni en un seul volume et cependant tout ou quasiment tout est authentique. Il en est de même dans le film de Loznitsa, dans une moindre mesure puisque le réalisateur doit se contenter (cinéma oblige) de 12 saynètes, toutes inspirées par des histoires vraies. L’impression d’exagération, ici encore, ne provient que de la juxtaposition de toutes ces scènes.

Tout paraît à la fois inepte et terrifiant, comme si l’on visitait, l’un après l’autre, les cercles de l’enfer. Il n’y a plus de place, au Donbass, que pour la noirceur et la désespérance d’une humanité qui semble s’être abandonnée à ses pires instincts. Les forces séparatistes ukrainiennes soutenues par la Russie de Poutine ne s’encombrent pas de valeurs morales. Mais les civils eux-mêmes sont, lorsque l’occasion se présente, capables du pire. Ainsi lors de la séquence la plus effroyable du film qui montre une foule de fanatisés lynchant un homme que les militaires ont désigné comme partisan des milices ukrainiennes, leur ennemi.

Le film est certes implacable et cauchemardesque, mais il a l’immense mérite de montrer la guerre telle qu’elle est, sans détours, c’est-à-dire totalement hideuse et totalement démente. On ne peut mieux résumer les choses qu’en citant Jacques Prévert : « Quelle connerie, la guerre ! »

8/10

 

                                                                       Luc Schweitzer, ss.cc.

Tag(s) : #Films
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