Un film de Guillaume Senez.
Nul doute, le talent de Guillaume Senez, déjà remarqué et remarquable lors de la sortie de « Keeper » en 2015, se confirme pleinement aujourd’hui. Dans « Keeper », le cinéaste filmait le dilemme moral que devaient résoudre deux adolescents de 15 ans, Maxime et Mélanie, face à la grossesse de cette dernière, et il le faisait en restant constamment au plus près des personnages, donc sans jamais s’autoriser à prendre de la hauteur par rapport à ce qu’ils vivaient et éprouvaient. Il en est de même dans le film qui sort maintenant. Il n’y a pas de voix off explicative chez Guillaume Senez et la caméra n’a pas besoin de prendre de la hauteur. Au contraire, elle semble épouser les vies et les difficultés de chacun des personnages, des difficultés qui ne manquent pas dans « Nos batailles », comme le laisse clairement percevoir le titre.
L’argument du film peut se résumer assez simplement : Olivier, formidablement interprété par Romain Duris, responsable d’équipe dans un entrepôt de ventes par internet, se retrouve du jour au lendemain abandonné par Laura (Lucie Debay), sa compagne, qui a quitté le domicile familial en lui laissant leurs deux enfants. Déjà débordé par les responsabilités qui lui incombent sur son lieu de travail, le voilà donc contraint de s’occuper tout seul de ses enfants.
Or ce résumé, qui donne une impression de limpidité, ne dit rien de la réalité d’un film qui ne se fourvoie jamais ni dans le schématisme ni dans l’analyse réductrice mais, se tenant toujours près des personnages, leur conserve leur complexité. Ainsi, même si Guillaume Senez prend soin, à travers quelques scènes bien ciblées, de préparer le départ soudain de Laure, il ne l’explique pas.
Avant de disparaître, cette dernière a tenu à raconter à son fils aîné une histoire à visée rassurante, son aîné qui, par ailleurs, doit être soigné pour une brûlure que, probablement, elle a elle-même causée. Pourquoi abandonne-t-elle son foyer, en vérité ? On ne le sait pas vraiment. On le sait d’autant moins que Olivier, désarçonné, entreprend des recherches pour la retrouver, tout en essayant d’assumer au mieux la charge des enfants. Une charge qu’il parvient tout de même à partager quand sa mère vient lui prêter main forte, puis quand survient sa sœur Betty pour un séjour qui ne passe pas inaperçu. L’actrice Laetitia Dosch interprète ce rôle qui lui va comme un gant en donnant tellement d’elle-même que l’on réagit à son départ comme les protagonistes du film, en la regrettant déjà. Son passage apporte une bouffée d’air, de gaieté, mais aussi quelques larmes car, entre elle et son frère Olivier se faufilent des plages d’incompréhension, voire de conflit. Leurs chemins, à tous deux, se sont déployés dans des directions opposées, au point qu’ils se heurtent. Pour la comédienne de théâtre qu’est devenue Betty, l’itinéraire d’Olivier, fourvoyé dans un travail rébarbatif, reste une énigme, si ce n’est une ignominie.
Or il s’agit là, précisément, d’une des autres batailles dont il est question dans le film. Olivier, obligé de s’impliquer dorénavant dans la garde de ses enfants, est aussi un employé très investi sur son lieu de travail, cet entrepôt de ventes par internet où, par exemple, l’on fait peu de cas d’un ouvrier à la santé défaillante. Or Olivier n’est pas quelqu’un d’indifférent, il est prêt à se battre pour ses collègues, tout en se trouvant parfois embarrassé par des dilemmes. Faut-il, oui ou non, dire à ce collègue que sa menace de licenciement risque fort d’être bientôt effective ? Même avec les meilleurs sentiments du monde, dans certains cas, on ne sait plus que faire.
Même si Guillaume Senez n’échappe pas toujours aux scènes attendues (Ah ! Que les pères sont maladroits quand ils ont à s’occuper de leurs enfants !), il réussit avec talent à entrecroiser les batailles, celles de la maison, celles du lieu de travail, non seulement de manière crédible mais en préservant habilement toutes les complexités des personnages.
8/10
Luc Schweitzer, ss.cc.
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NOS BATAILLES Bande Annonce (2018) Romain Duris
Olivier se démène au sein de son entreprise pour combattre les injustices. Mais du jour au lendemain quand Laura, sa femme, quitte le domicile, il lui faut concilier éducation des enfants, vie d...
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