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L’OMBRE DE STALINE

Un film de Agnieszka Holland.

 

Un homme pour qui la vérité l’emporte sur toute autre considération. Ainsi pourrait-on désigner Gareth Jones (1905-1935), jeune conseiller aux Affaires étrangères dans le gouvernement britannique, dont Agnieszka Holland choisit de retracer l’histoire. Ou, en tout cas, une page mémorable de sa courte existence. Cet aventurier, qui a réussi à interviewer Hitler tout juste arrivé au pouvoir, rêve à présent d’aller à Moscou pour s’y entretenir avec Staline en personne. A ses yeux, le miracle économique tant vantée non seulement par les soviétiques eux-mêmes mais par plus d’un admirateur dans le monde (à l’exemple d’André Gide, avant qu’il ne déchante lorsqu’en 1936 il entreprend son propre voyage en URSS), ce miracle économique reste suspect. Gareth Jones se demande par quels moyens est financée l’industrialisation massive du pays.

Parvenu à Moscou, plutôt que d’interviewer Staline, le jeune homme cherche à orienter ses investigations du côté de l’Ukraine. Son intuition ne l’a pas trompé. Réussissant avec audace à fausser compagnie à son guide (pour ne pas dire surveillant), il s’aventure en Ukraine pour y découvrir la terrible réalité : les autochtones meurent par milliers, par millions, affamés, sans ressources, alors que leur patrie a la réputation d’être un grenier à blé. C’est ce qu’on appelle l’Holodomor, l’extermination par la faim, qui, en 1932 et 1933, fit entre 2,6 et 5 millions de victimes. Impossible de connaître le chiffre exact. Ce sont les céréales qui, exportées et vendues, servaient à financer le « miracle » à la soviétique, au prix du génocide d’un peuple.

Agnieszka Holland a trouvé la manière et les tons appropriés pour filmer les scènes terribles de l’Ukraine moribonde, sans en rajouter dans le pathétique. C’est par le regard effaré de Gareth Jones, témoin gênant de la tragédie, que sont montrées ces scènes, en gris et blanc. Si le film a pris peut-être un peu trop de temps pour entrer dans le vif du sujet, il trouve, dès l’instant où l’on est en URSS et, surtout, en Ukraine, une expression qui n’a plus rien d’académique. Cela se confirme d’ailleurs durant toute la fin du film, lorsque Gareth Jones, de retour en Occident, cherche à publier son reportage, en opposition au prétendu journaliste Walter Duranty, homme sans scrupules décidé à nier l’Holodomor et persistant à diffuser la propagande soviétique.

Pour Gareth Jones, nombreux sont les obstacles, les refus, mais aussi les questions morales, car les soviétiques détiennent des diplomates britanniques, ce qui leur permet d’exercer un chantage. Qu’est-ce qui est préférable ? Se taire et, ainsi, épargner la vie de six ou sept otages ou dire la vérité, témoigner des horreurs perpétrées en Ukraine, en espérant ainsi sauver des milliers, peut-être des millions de vies.  Heureusement, même si sa voix a bien du mal à se faire entendre, avec Gareth Jones, on a affaire à ce qu’on appellerait aujourd’hui un lanceur d’alerte. Un homme qui place la vérité au-dessus de tout, même lorsqu’elle déplaît à un grand nombre de personnes. 

8/10

 

                                                                                     Luc Schweitzer, ss.cc.

Tag(s) : #Films, #Histoire
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