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LE MONDE SANS JULOS – HOMMAGE À JULOS BEAUCARNE

C’est vrai que, du fait de sa santé déclinante, on n’entendait plus guère parler de lui depuis plusieurs années déjà (son dernier album, Le Balbuzard fluviatile, date de 2012). Son décès, hier samedi 18 septembre, à l’âge de 85 ans, décès qui nous est annoncé aujourd’hui, dimanche, n’en provoque pas moins une sensation d’immense perte. Julos, c’est une de ces personnes dont on avait le sentiment que leur présence embellissait ce monde. Et aujourd’hui, ce départ, cette absence, ce vide… Si l’on est croyant, en tout cas si l’on croit que la vie ne se limite pas au parcours terrestre, on peut se dire que là où il va maintenant, l’ami Julos va tout enchanter et puis qu’il y retrouvera sa chère Loulou, disparue depuis tant d’années, depuis exactement la nuit du 2 au 3 février 1975 (la Chandeleur 75, titre d’un de ses albums).

Car il y eut ce drame dans la vie de Julos. Alors que sa carrière de chanteur avait débuté dès 1961, en cette nuit de la Chandeleur 75, sa femme Loulou fut assassinée de neuf coups de couteau par un déséquilibré, le laissant seul avec leurs deux garçons, Christophe et Boris. Juste après la tragédie, en cette même nuit, Julos écrivit une « lettre à [ses] amis, lettre qui, loin de comporter le moindre mot de haine, appelle, au contraire, à « s’aimer à tort et à travers ». « Comme j’aimerais qu’il y ait un paradis, écrivait-il, comme ce serait doux, les retrouvailles… » Aujourd’hui, si ce paradis que Julos appelait de ses vœux est bien réel (ce que j’ose croire), c’est l’heure des retrouvailles qui a sonné.

Et pour nous, alors !!! Il nous reste les nombreux albums du cher Julos, quelques vidéos, quelques livres. Tout ce qu’a donné l’artiste au long de tant d’années et qui nous a enchantés et dont on ne se lassera pas, bien sûr. Il n’y a pas de déception, avec Julos, juste de la poésie et l’appel incessant à préserver notre monde, à y mettre des couleurs, à y construire la paix. Julos ne faisait pas, à proprement parler, des chansons à messages, mais il était facile de percevoir ce qui comptait pour lui. Et il n’avait pas attendu que l’écologie soit à la mode pour en parler, preuve en est son sixième album de 1974 qui portait le beau titre engagé de « Front de Libération des Arbres fruitiers ».

Pour ce qui me concerne, j’ai découvert Julos à la fin des années 70 ou au début des années 80. C’est ma curiosité qui m’avait poussé à acheter un des albums du chanteur. Ce devait être L’enfant qui a vidé la mer, album qui ne tarda pas à être rejoint par d’autres. Car, aussitôt, je fus surpris et irrésistiblement séduit. Mon étonnement, ce fut d’entendre quelque chose de différent, de véritablement inédit : les albums de Julos sonnaient à mes oreilles comme rien d'autre, vibraient de mon cerveau à mon cœur, ils ne pouvaient pas ne pas retenir mon attention, que ce soit du fait de arrangements musicaux, des textes, des thématiques, de la poésie. Julos chantait ou disait des textes et des poèmes et l’on était touché, ému au plus profond, comme si l’on entendait la voix d’un ami. Dès lors, ce fut l’ami qu’on ne quitte pas, dont on ne se lasse pas, dont on attend chaque signe, chaque album, chaque livre…

Julos était un amoureux des mots et des jeux de mots. Il adorait les virelangues et il en rassembla plusieurs dans un livre. Il mit en musique et fit connaître des poètes belges (en particulier Max Elskamp), il chanta également de nombreux autres poètes, tel Victor Hugo (Je ne songeais pas à Rose et L’Ogre), Guillaume Apollinaire, Charles Baudelaire et bien d’autres. Il ne manquait pas une occasion d’inviter à changer ce monde, à le protéger (9/9/99 monde neuf par exemple), à l’améliorer plutôt qu’à le détruire. « Femmes et hommes de la texture de la parole et du vent, disait-il sur son album « Le Jaseur boréal », si nous pouvions être toutes et tous / Et avant tout et premièrement / Des amants de la vie ». Et l’on n’oublie pas, bien sûr, avec quelle gourmandise il chanta l’amour : un bel album en duo avec sa complice Barbara d’Alcantara en témoigne.

Julos nous fit connaître son petit coin de Wallonie. Grâce à lui, l’on sait où se trouve Tourinnes-la-Grosse. Et Dieu sait s’il l’a chantée, sa chère Wallonie, et s’il s’est fait un plaisir de chanter en wallon. Sans chauvinisme exacerbé, cependant, même s’il ne s’est pas privé de quelques coups d’ergots à ses voisins flamands (Coqs et Lions). Mais s’il a chanté la Wallonie, il a également chanté la Garonne (Si la Garonne elle avait voulu), le Québec (Pointe aux Anglais), la Sologne ou le Mozambique. Et puis l’un de ses albums ne porte-t-il pas le titre « Mon terroir c’est les galaxies ». Julos, frère universel.

Julos, l’apôtre de la tolérance, le « collectionneur d’arcs-en-ciel », comme il aimait à dire, ne manquait pas de cordes à son arc, précisément. Il fut aussi sculpteur et comédien. Les cinéphiles eurent le bonheur de le voir dans deux films de Bruno Podalydès, Le Mystère de la Chambre jaune (2003) et Le Parfum de la Dame en noir (2005). L’un de ses fils, Christophe, a d’ailleurs fait du cinéma son métier en tant que directeur de la photographie. Allez, cher Julos, je ne te dis pas adieu mais au revoir. De toute façon, tu restes avec nous car nous n’avons pas fini de t’écouter !

 

                                                                                     Luc Schweitzer, ss.cc.

Tag(s) : #Chansons, #Hommage
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