Un film de Cédric Kahn.
Je me demande toujours comment font certains cinéastes pour parvenir à sortir deux films, au demeurant très différents l’un de l’autre, à quelques mois de distance. Ainsi de Cédric Kahn dont on a vu Le Procès Goldman en octobre dernier et qui sort maintenant Making Of.
Quoi qu’il en soit, avec ce film, le cinéaste propose, en quelque sorte, « sa nuit américaine », en référence au film de François Truffaut de 1973, c’est-à-dire que ce qu’il donne à voir, c’est un film sur le tournage d’un film. Pour ce faire, il s’y prend d’ailleurs de manière singulière, sans chercher du tout à imiter son illustre prédécesseur.
Dans Making Of, il est question d’un cinéaste (Denis Podalydès) en plein tournage d’un film inspiré d’une histoire vraie sur la tentative, malheureusement vouée à l’échec, des salariés d’une usine décidés à la récupérer, alors qu’elle devrait être délocalisée, pour en faire une entreprise autogérée. Pour tourner cette histoire, à laquelle il tient à donner une fin dramatique, le cinéaste s’appuie sur une équipe, une directrice de production pragmatique (Emmanuelle Bercot), un acteur vedette et égocentrique (Jonathan Cohen), un producteur roublard (Xavier Beauvois). À cela s’ajoutent les ennuis de la vie privée de Simon, le réalisateur, dont l’épouse semble décidée à se séparer de lui. De plus, voilà que deux des producteurs du projet, mécontents de la fin du film qu’ils voudraient optimiste plutôt que misérabiliste, se retirent, ce qui signifie qu’ils ne veulent plus le financer.
On le comprend dès lors : il y a comme un jeu de miroir entre le sujet du film que veut tourner Simon, envers et contre tout, et la création cinématographique elle-même. Dans les deux cas, des collectifs se retrouvent en situation de fragilité pour des questions de financement. Or, et c’est là l’une des fines pointes de Making Of, le réalisateur risque, pour sauver son projet, de se servir de méthodes qui sont celles, précisément, qu’il a l’intention de dénoncer dans le film qu’il tourne.
Cédric Kahn parvient fort bien à rendre compte de ces difficultés et de ces contradictions. Néanmoins, l’on peut juger trop longues certaines scènes de tournage du film dans le film et s’agacer quelque peu de la prestation de Jonathan Cohen qui en fait vraiment des tonnes, au point qu’il n’y en a plus que pour lui, au détriment des nombreux autres acteurs et figurants.
Mais il y a encore un autre personnage dans le film, Joseph (Stefan Crepon), un jeune homme qui, quand il ne travaille pas dans une pizzeria familiale, hante le plateau de tournage en tant que figurant. Or ce Joseph se fait remarquer par le réalisateur qui lui confie la tâche de réaliser le « making of » du film. Pour ce garçon qui ne songe qu’à en finir avec les pizzas pour devenir cinéaste, c’est un rêve qui prend forme. Comment ne pas voir, dans ce personnage, comme un reflet de celui que devait être Cédric Kahn en personne à son âge ? En fin de compte, c’est lui, Joseph, qui est, de beaucoup, le personnage le plus touchant du film.
7/10
Luc Schweitzer
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