Un film de Thierry de Peretti.
Après Les Apaches (2013) et Une vie violente (2017), Thierry de Peretti poursuit son exploration des réalités de la Corse (ou de certaines de ses réalités) en adaptant À son image, un roman de Jérôme Ferrari paru en 2018. Tout le film ou presque suit rigoureusement le parcours d’Antonia (Clara-Maria Laredo, jeune actrice débutante et révélation du film), une jeune Corse passionnée de photographie depuis que son parrain, un prêtre, lui a offert un appareil. Adoptant, presque toujours, le point de vue de ce personnage, le réalisateur propose un regard singulier (et d’autant plus intéressant que c’est celui d’une photographe) sur la société corse et ses dérives.
Dès le début du film, le réalisateur nous informe du sort tragique de cette jeune femme. Il n’y a aucun mystère à ce sujet. Il s’agit, bien davantage, de suivre le parcours d’Antonia pour essayer de percevoir les causes de sa fin brutale plutôt que d’entretenir un quelconque suspense. Précisons que l’action du film se déroule de 1980 jusqu’à l’aube du XXIe siècle, c’est-à-dire à une époque très mouvementée de l’histoire de la Corse. Or, il se trouve qu’Antonia, alors qu’elle a dix-huit ans, tombe amoureuse de Pascal (Louis Starace), un activiste du FLNC.
C’est, pour la jeune femme, le début d’une histoire de passion, certes, mais aussi de peur, de frustrations, de déception. Car Pascal, qui participe volontiers à des actions violentes, se retrouve, à plusieurs reprises, en prison. Antonia a beau l’aimer, elle ne se voit pas passer sa vie entière avec un homme le plus souvent absent parce qu’emprisonné. Comment accepter cela ?
À son image raconte l’histoire d’une jeune femme qui, malgré l’emprise des événements tissés de violences, malgré l’emprise des sentiments, cherche à construire sa vie le plus librement possible. Ayant trouvé un travail au journal Corse matin, Antonia déchante rapidement lorsque son patron lui explique que son travail ne consiste en rien d’autre que de photographier les fais divers locaux. La jeune photographe a bien d’autres ambitions, mais ce n’est qu’à force de volonté qu’elle pourra, par exemple, se rendre à Vukovar pour effectuer un reportage photo sur la guerre.
Antonia doit non seulement résister à l’homme qu’elle aime, résister à son patron, mais aussi résister à sa famille, en particulier à son père avec qui les discussions sont parfois très vives. Le film montre admirablement par quels dilemmes la jeune femme doit passer pour essayer d’accomplir sa vie. J’aurais aimé, personnellement, que le rôle de son parrain, le prêtre, soit davantage étoffé. Cela étant, nous avons affaire à un film remarquablement construit et, de ce fait, mettant parfaitement en évidence un certain nombre de questionnements, entre autres de questions morales. Il y est beaucoup question de violence évidemment, celle de Corses qui luttent mais dont les méthodes provoquent bien des débats et bien des doutes. Il y est question aussi, et c’est tout l’intérêt que de mettre en scène une photographe, du statut de l’image. Que photographier ? Comment photographier ? Quel crédit apporter aux images ? Tant de questions auxquelles on ne peut répondre de manière simpliste.
8/10
Luc Schweitzer
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À SON IMAGE Bande Annonce (2024) Corse, Drame, Film Français © 2024 - Pyramide Distribution
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