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ANORA

Un film de Sean Baker.

 

Anora n’est autre que le film à qui fut attribué la Palme d’Or au dernier festival de Cannes. Cette récompense n’est, en aucune façon, une garantie de qualité. Cependant, même si, à mon avis, d’autres films en compétition lui étaient bien supérieurs, à commencer par Les graines du figuier sauvage, on a affaire, en l’occurrence, à une œuvre traitant astucieusement d’un sujet casse-gueule au moyen d’une mise en scène étourdissante de virtuosité. Et l’on peut comprendre qu’à Cannes, le jury ait été conquis.

Au début, il est vrai, pendant les trois premiers quarts d’heure du film, on peut avoir le sentiment d’être en présence d’un film totalement excessif, amoral, quasi nihiliste, où rien ne compte en dehors du sexe et de l’argent. Néanmoins, la suite du film change la donne puisqu’on y assiste à une dégringolade morale qui montre, de manière on ne peut plus efficace, qu’on ne peut échapper indéfiniment à toute loi morale et que ce qu’il y a de plus important au monde, ce n’est ni l’argent ni le sexe, mais ce qui ne peut s’obtenir avec l’argent, c’est-à-dire l’amour. En fin de compte, alors qu’on pouvait avoir le sentiment, au début, que le film allait être complètement amoral, il n’en est rien, au contraire. De ce point de vue, le dernier plan du film (que je ne peux, évidemment, dévoiler ici) est on ne peut plus significatif.

De quoi, ou de qui, a-t-on affaire dans ce film ? De deux jeunes gens qui se rencontrent dans un club interlope de Brooklyn. Elle, c’est Anora (mais elle préfère qu’on l’appelle Ani), elle a 23 ans et elle est stripteaseuse, voire, à l’occasion, travailleuse du sexe. Elle est jouée avec une incroyable énergie par une actrice très prometteuse, Mikey Madison. Lui, c’est Ivan (Mark Eydelshteyn), 21 ans, fils d’un oligarque russe probablement lié à la mafia. Totalement immature et pourri par l’argent qu’il peut dépenser sans compter, il s’offre les services d’Ani et est tellement séduit par les prestations sexuelles de la jeune femme qu’il lui propose de se marier avec lui, ce qui se fera, en effet, à Las Vegas. Ainsi Ivan croit-il qu’il n’aura plus besoin de retourner auprès de ses parents, en Russie.

Bien entendu, ces derniers ne l’entendent pas de cette oreille et c’est alors, après la ronde effrénée des plaisirs du début du film, que celui-ci bascule dans une descente irrépressible vers une prise de conscience d’Anora de ce qu’elle est, de sa vie misérable, de ses manques. Pour ce faire, il faut en passer par l’intervention des hommes de main des parents d’Ivan, chargés de surveiller leur fils mais qui, c’est le moins qu’on puisse dire, n’avaient pas fait leur travail. Les voilà à présent qui arrivent, d’abord deux gros bras, Igor (Yura Borisov) et Garnik (Vache Tovmasyan), puis leur chef, Toros (Karren Karagulian). En fin de compte, ce sont les parents d’Ivan qui arriveront en avion pour ramener leur fils dans le droit chemin (si l’on peut parler ainsi d’oligarques certainement très corrompus), en procédant à une annulation du mariage.

Je ne raconterai pas toutes les péripéties du film mais il faut souligner la performance de Mikey Madison dans le rôle d’Ani. Il s’agit d’une actrice d’exception qui parvient, avec un incroyable brio, à faire percevoir les faiblesses intrinsèques de son personnage, de l’inconséquence morale de cette fille qui, s’adonnant au striptease et aguichant les clients, n’agit que par réflexe de vénalité, ayant perdu tout autre repère. Or, sa folle aventure avec Ivan, ce mariage auquel elle voudrait croire alors qu’elle a affaire à un garçon immature, sa révolte lorsqu’elle comprend que tout est remis en cause par l’intervention des hommes de main puis des parents d’Ivan, son désarroi devant la fuite du garçon, tout concourt à lui faire prendre conscience de sa vie misérable. Le plus surprenant, c’est le changement de son regard sur Igor, l’homme de main qu’elle voudrait mépriser, elle qui est habituée à feindre les actes sexuels pour des hommes pleins d’argent. Rien de tel avec Igor, bien sûr, qui n’est qu’un gopnik (un homme de classe populaire). Et pourtant, n’est-il pas le seul, dans cette histoire, qui ait été capable de vérité, de sincérité, d’une certaine forme de droiture ? La dernière scène du film éclaire tout d’une lumière nouvelle.  

7,5/10

 

                                                                                     Luc Schweitzer

Tag(s) : #Films, #Comédie
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