Un film de Cédric Klapisch.
Les membres éparpillés d’une même famille ont été retrouvés et invités à se réunir à l’occasion d’un héritage. La plupart ne se connaissent pas et sont donc amenés à se découvrir les uns les autres en même temps que de devoir prendre des décisions au sujet de ce dont ils héritent, particulièrement un terrain et une maison abandonnés en pleine campagne et convoités par un promoteur. C’est le point de départ ambitieux du nouveau film de Cédric Klapisch, ambitieux parce que le réalisateur s’engage aussitôt dans une suite d’allers et retours entre le temps d’aujourd’hui et celui d’hier. Celui d’aujourd’hui s’attache à suivre les découvertes de quatre des cousins de cette famille, la maison dont ils héritent étant remplie de photos anciennes, de tableaux, de lettres et souvenirs du temps passé ; celui d’hier, précisément, nous transporte bien des années en arrière, vers 1895, au temps d’Adèle Vermillard (Suzanne Lindon), leur ancêtre commune.
Au moyen de transitions plutôt habiles, Klapisch fait virevolter son film d’aujourd’hui à hier et d’hier à aujourd’hui. Pour les cousins d’aujourd’hui, c’est l’occasion de créer des liens et des échanges dans une même recherche, une même communion pourrait-on dire à cette mystérieuse ancêtre que la magie du cinéma fait paraître sous nos yeux. Tout va vite, trop vite, de nos jours mais, ironie, au temps d’Adèle Vermillard, déjà on se plaignait de ne plus savoir prendre son temps. Néanmoins, on le devine, Klapisch invite à réapprendre les vertus de l’écoute, de la réflexion, de la transmission, de la rêverie, de l’amour… C’est étrange tout de même que le cinéaste du Péril jeune (1994), qui a si bien filmé le temps présent, en vienne à regretter celui d’hier. Un passé fort bien reconstitué, certes, au point qu’on jurerait être réellement téléporté dans le Paris de la fin du XIXème siècle.
On peut comparer ce film avec Midnight in Paris (2011) de Woody Allen qui, lui aussi, s’amusait à des allers et retours entre le Paris d’aujourd’hui et celui d’hier, mais au moyen d’une fluidité et d’une concision bien plus grande que celles dont fait preuve Klapisch. À ce jeu-là, ma préférence va à Woody Allen. Klapisch n’a pas tort de souligner l’importance de nos racines, bien entendu, mais sa petite musique nostalgique (gentiment contrebalancée par quelques interventions de Claire Pommet, dite Pomme, chantant une de ses superbes chansons) n’est pas dénuée de clichés tout autant que d’artificialité. Car le Paris du temps passé que met en scène Klapisch, ce n’est pas celui des anonymes mais plutôt celui des Impressionnistes, de Monet en particulier, ou encore celui de Victor Hugo. Le film est agréable, divertissant, servi par d’excellents actrices et acteurs. Ce n’est pas si mal.
7/10
Luc Schweitzer
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