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AMÉLIE ET LA MÉTAPHYSIQUE DES TUBES

Un film de Maïlys Vallade et Liane-cho Han.

 

L’Attachement, le titre du beau film de Carine Tardieu sorti sur les écrans en février dernier, pourrait convenir à ce film d’animation adapté d’un roman d’Amélie Nothomb. Il y est question d’attachement, en effet, sous plusieurs formes, d’une part l’attachement à un pays, le Japon, de l’autre l’attachement réciproque entre une toute jeune fillette et une employée avec qui se noue une relation de complicité très étroite.

Nous sommes donc au Japon à la fin des années 1960, alors que les souvenirs traumatisants de la guerre restent encore extrêmement présents. Amélie est la dernière-née d’un couple de de Belges, lui un consul, elle une pianiste. Or, à sa naissance, un médecin annonce aux parents que leur enfant est « un légume », ce qui, au demeurant, ne les affole pas, tant leurs deux autres enfants, André et Juliette, sont suffisamment remuants. D’ailleurs, tout change bientôt, le 13 août 1969, lorsque a lieu un violent tremblement de terre. La petite Amélie s’éveille subitement au monde, mais en hurlant et hurlant sans relâche. La fillette impassible est devenue une sorte de petit monstre qui, à force de brailler, épuise totalement ses parents. Fort heureusement, le salut survient et s’insinue dans le tube… digestif de la petite fille qui a alors 2 ans et demi. C’est la grand-mère paternelle, venue de Belgique, qui l’apporte dans ses bagages sous la forme d’une tablette de chocolat blanc ! C’est comme une révélation, pour Amélie, que ce chocolat : le monde réserve des délices, il faut cesser de crier pour y goûter. L’enfant s’éveille à la beauté du monde et Dieu sait si le coin de paradis japonais où vit cette famille est superbe : les fleurs, les herbes, les insectes, les animaux, l’eau, les arbres, le monde est rempli de merveilles. Et puis, voici qu’arrive la guide incomparable, la complice, celle que j’évoquais plus haut : Nishio-san, employée par Kashima-san, l’acariâtre propriétaire de la maison, pour en prendre soin. La beauté du film en est décuplée, tant le personnage de Nishio-san est attachant. Et l’on comprend la peine de la fillette lorsqu’il est question de séparation, puis d’un possible départ vers la Belgique. Il faut préciser aussi que Kashima-san, la propriétaire, meurtrie par les années de guerre, y met son grain de sel : elle n’apprécie pas les étrangers.

Tout le film est rempli de merveilleuses trouvailles, tant du point de vue esthétique que de celui du scénario. Ainsi, à une séquence qui fait éclater la beauté du vivant, de la nature livrant ses trésors printaniers, succède une autre qui évoque le souvenir des défunts au moyens de lanternes déposées sur un cours d’eau. Un autre enchantement survient quand la petite Amélie découvre comment s’écrit son prénom en idéogramme japonais. Et ainsi de suite.  Il y a mille et mille découvertes à faire dans ce Japon si prodigue en beautés de toutes sortes. Les deux réalisatrices qui se sont associées pour en exprimer les subtilités et les splendeurs y font preuve d’une inventivité totalement adéquate à leur sujet, inventivité qui puise tant du côté d’un Miyazaki que de certains peintres dans une recréation qui subjugue et le regard et la sensibilité. Les grands yeux d’Amélie tout comme sa frimousse ne dépareraient pas dans un film du maître japonais de l’animation. Mais l’esthétique, les jeux de couleurs, les représentations tant des personnages que des paysages semblent s’inspirer des peintres pointillistes. Tout dans ce film est admirable, à commencer par un scénario rappelant finement ce qui se joue dans la vie d’un être dès ses plus jeunes années, à 2 ans et demi et 3 ans.    

8,5/10

 

                                                                       Luc Schweitzer

Tag(s) : #Films, #Films d'animation
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