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LA TRILOGIE D’OSLO : AMOUR

Un film de Dag Johan Haugerud.

 

Comme chez Woody Allen, s’il est beaucoup question de sexe dans ce film de Dag Johan Haugerud, deuxième volet de La Trilogie d’Oslo, c’est de manière strictement orale. Nul besoin, pour le réalisateur, de filmer des scènes de sexe explicite. Ce qui compte, c’est ce que les personnages disent à ce sujet. Quant à ce qu’ils font, qu’importe,  à nous de les croire ou non sur paroles. Cette attention à ce qui s’exprime verbalement, c’est un des moyens dont use le réalisateur pour conserver, tout au long du film, un air de délicatesse, même quand il est question de sujets scabreux ou prosaïques.

C’est que, sur sa Carte du Tendre, Dag Johan Haugerud explore résolument un éventail des variations possibles du désir amoureux. Chacun des cinq protagonistes principaux du film est habité par sa quête propre, mais aucun n’en est obnubilé au point de n’être pas capable de s’ouvrir aux autres. Au contraire, la beauté du film provient, en grande partie, du soin dont chacun fait preuve, de l’attention à l’autre, de l’écoute de l’autre dont chacun, chacune, se montre capable.  

Même Tor, un infirmier gay adepte des applications de rencontres, qui prend volontiers le ferry dans le but d’y concrétiser, précisément, ses envies de drague et de sexe furtif, même Tor fait preuve d’empathie bien davantage encore que de désir brut. Il se confie volontiers à Marianne, sa collègue de l’hôpital, médecin urologue, elle-même en relation avec un géologue que des amis, sûrement bien intentionnés, ont rapproché d’elle. Mais Marianne (qui cite au passage un texte d’Etty Hillesum) reste peu désireuse de s’engager dans une relation de couple durable.

À ces trois-là, il faut rajouter une employée du service culturel de la mairie d’Oslo qui, au début du film, vante le caractère inclusif des personnages sculptés sur les frontons de l’hôtel de ville (y compris une ébauche de triolisme, d’après elle) ! Et puis, pour compléter le quintette, il y a un malade dont tombe amoureux Tor, malade qui fait le double de son âge et qui, du fait d’un cancer, subit une ablation de la prostate, avec ce que cela signifie du point de vue des entraves physiques. Il n’y a pas de tabou dans le film. Mais ce qu’il y a, ce qui se révèle entre Tor et son compagnon malade, ce qui se manifeste de manière évidente, c’est ce qui est de l’ordre de la compassion. En fin de compte, n’est-ce pas cela qu’il faut retenir ? Ce film, qui semble ne parler que de sexe, parle peut-être bien davantage de compassion. Et c’est beau.   

8,5/10

 

                                                                       Luc Schweitzer

Tag(s) : #Films
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