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CIUDAD SIN SUEŇO

Un film de Guillermo Galoe.

 

Pour son premier long-métrage de fiction, le jeune cinéaste espagnol Guillermo Galoe ne propose rien moins qu’une impressionnante plongée dans la « cité sans sommeil », pour reprendre le titre du film, autrement dit le plus grand bidonville d’Europe, la Cañada Real, située aux portes de Madrid. Interprété uniquement par des acteurs non professionnels, le film a des allures de documentaire rendant compte d’un lieu menacé de destruction, ses habitants étant fortement incités à accepter d’être relogés dans des barres d’immeubles HLM. Une des scènes du film donne précisément à voir la visite d’un appartement par quelques-uns de ses protagonistes, entre autres le jeune Toni, un adolescent de quinze ans qui n’en revient pas de voir l’eau couler abondamment d’un robinet ou d’une pomme de douche. Pourtant, même sans eau courante, même sans raccordement au réseau électrique, il en est qui sont bien décidés à ne jamais quitter leur bidonville : plutôt vivre là, au grand air et dans la convivialité, plutôt qu’être enfermé dans un appartement pour y crever de solitude !

Le film de Guillermo Galoe se présente bien comme une fiction cependant, puisqu’il s’attache, tout particulièrement, à suivre l’apprentissage de Toni, son passage vers l’âge adulte, dans un contexte de débrouille, de complicité avec un chien ou avec son copain Saïd, sans oublier la part importante qui revient aux aînés, à ceux, à celles, qui transmettent un savoir-faire et un style de vie. Le réalisateur sait aussi se faire conteur ou raconteur d’histoire, tirant le meilleur parti du cadre dans lequel évoluent les personnages, parvenant même ainsi à donner des couleurs de féérie à certaines scènes, comme celle où Toni, relâchant son chien qui avait été accaparé par une autre famille, fait s’échapper de leurs cages des perroquets. Le cinéaste utilise d’ailleurs assez régulièrement des filtres de couleur pour donner aux images une palette nouvelle et déroutante. Le réalisme le plus brut n’est cependant pas absent, loin s’en faut, mais il prend volontiers des allures de poème. Cela donne un film impressionnant et, parfois, un peu déroutant.   

7/10

 

                                                                       Luc Schweitzer

Tag(s) : #Films, #Film d'apprentissage
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