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DES PREUVES D’AMOUR

Un film de Alice Douard.

 

Alice Douard, déjà réalisatrice de courts et de moyens métrages, propose son premier long et, comme c’est souvent le cas quand on réalise un premier film de longue durée, elle s’inspire de sa propre histoire : une histoire, qui plus est, qui résonne bien avec le temps qui est le nôtre. Au début du film, nous entendons comment fut votée, à l’Assemblée, il y a un peu plus de dix ans, la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples du même sexe.

C’est dans ce contexte et cette époque que se situe le film d’Alice Douard, précisément en 2014. Le couple qu’on voit à l’écran est composée de Céline (Ella Rumpf) et Nadia (Mona Chokri) et, pour leur plus grand bonheur, cette dernière est enceinte. Tout irait pour le mieux s’il n’y avait cette difficulté : pour pouvoir adopter la fille de sa compagne et en devenir légalement l’un des deux parents, Céline doit rassembler des preuves d’amour, autrement dit une quinzaine de témoignages prouvant qu’elle forme bel et bien un couple avec Nadia et qu’elle sera un bon parent.

Comme l’explique Ella Rumpf dans une interview, il y a quelque chose d’humiliant dans l’exigence imposée par la loi : « Ce film pose une question centrale, c’est-à-dire qui a le droit de juger si on est susceptible ou non d’être un parent. D’autant plus qu’un couple hétérosexuel qui fait des enfants, on ne lui demande pas d’apporter des preuves. » Pourquoi traiter différemment un couple homosexuel et un couple hétérosexuel ?

Toujours étant, le film, soigneusement réalisé, pose intelligemment, finement, la question de la parentalité. Une parentalité qui, d’ailleurs, se décline sous différents angles dans le film. Ainsi, parmi les personnes qui pourraient apporter un témoignage déterminant pour que Céline puisse adopter l’enfant à venir, il faut compter avec la mère de cette dernière, Marguerite Orgen (Noémie Lvovsky), une pianiste virtuose mondialement célèbre (quand elle joue du piano, elle ressemble, de manière troublante, à Martha Argerich !), justement de passage à Paris. Cela donne lieu à de savoureuses scènes, parmi les meilleures du film.

Écrit de manière simple, usant de dialogues qui semblent provenir du quotidien, ce film n’en livre pas moins tout un sous-texte qui n’a rien de banal. Il montre aussi combien certains préjugés sur les couples de même sexe sont encore vivaces, ce qui peut se concrétiser de manière comique avec un intervenant gaffeur mais aussi de manière plus sournoise, voire franchement hostile ! Puisse ce film contribuer à changer les regards !  

7,5/10

 

                                                                                     Luc Schweitzer

Tag(s) : #Films
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