Un film de Guillermo Del Toro.
Nouvelle adaptation du célèbre roman de Mary Shelley, le Frankenstein de Guillermo del Toro vient de débarquer sur Netflix. Le réalisateur du Labyrinthe de Pan (2006) et de La Forme de l’eau (2017), si prompt et si habile à donner vie à des êtres d’apparence monstrueuse, pouvait difficilement ne pas imaginer et réaliser sa propre version de la créature de Frankenstein. Or, et c’est une des surprises du film, la créature en question, chez lui, n’est pas catégoriquement hideuse ni repoussante. On est loin de la créature monstrueuse inoubliablement jouée par Boris Karloff dans les films mythiques de James Whale (Frankenstein en 1931 et La Fiancée de Frankenstein en 1935).
Bien davantage que les scénaristes de Hollywood qui avaient laissé libre cours à leur imagination, quitte à s’éloigner considérablement du roman de Mary Shelley, Guillermo del Toro, au contraire, est resté fidèle à la trame de ce dernier. Comme dans le roman (que j’ai déjà commenté sur ce blog à la date du 7 février 2022), Guillermo del Toro enchâsse les récits de trois des protagonistes de l’histoire : celui de Robert Walton, capitaine d’un navire explorant les mers glacées du grand Nord ; celui de Victor Frankenstein, racontant comment il en vint à créer un être hybride et comment, terrifié par le monstre dont il était l’auteur, il tenta en vain de le détruire ; et enfin, le récit fait par le « monstre » lui-même.
Car, chez Guillermo del Toro comme chez Mary Shelley (et contrairement aux films de James Whale), le « monstre », réfugié dans un recoin caché d’une demeure, espionne une famille et, par ce moyen, apprend à parler et à lire. On n’a donc pas affaire à un être irrémédiablement bestial, mais à une créature qui, fabriquée au moyen de matières humaines, s’humanise précisément tout en conservant des « pouvoirs » hors norme, en particulier celui d’être immortel. Précisément, tout en respectant la trame du roman de Mary Shelley, Guillermo del Toro en infléchit sensiblement la signification. Il se permet d’ailleurs d’introduire un personnage nouveau, un mécène corrompu du nom de Heinrich Harlander qui rêve de transférer son propre cerveau dans la créature conçue et inventée par Frankenstein afin de devenir un être d’une puissance réellement monstrueuse. Quant à la famille de Victor Frankenstein, elle se présente dans le film sous des dehors plus sombres que dans le roman, le père, en particulier, se conduisant de manière tyrannique,
Mais le plus important, aux yeux de Guillermo del Toro, c’est que la créature de Frankenstein n’est pas monstrueuse par essence. Si monstre il y a, sous-entend le film, c’est davantage du côté du créateur ou du concepteur, de Victor Frankenstein en personne, plutôt que du côté de la créature, une créature qui ne se comporte monstrueusement que pour se défendre contre des ennemis. C’est surtout dans sa deuxième moitié que le film devient captivant car l’on assiste à un processus d’humanisation de la créature. Déjà, grâce au regard d’Elizabeth, jeune femme amie de Victor Frankenstein, un changement s’opère. Mais c’est surtout au contact de la famille qu’espionne la créature ayant trouvé refuge dans le sous-sol d’une maison, tout particulièrement grâce au grand-père, homme aveugle et cependant plus clairvoyant que quiconque, que, non seulement la créature apprend à s’exprimer mais qu’elle s’humanise de plus en plus. Ce mouvement progressif est tout entier orienté vers un final que Guillermo del Toro a voulu différent de celui du roman afin précisément de confirmer, de consacrer même, l’humain chez la créature.
Certes on peut critiquer et regretter l’aspect « blockbuster » que prend parfois ce film. Guillermo del Toro n’a pas su éliminer de son script des scènes à grand spectacle, bourrées d’effets spéciaux, comme le combat de la créature contre une meute de loups. Néanmoins, je crois qu’on est en droit d’applaudir une œuvre qui, sans trahir le mythe originel, en propose une relecture sensible et intelligente. Donner au « monstre » de Frankenstein l’âme qui lui revient, c’est appréciable.
7,5/10
Luc Schweitzer
/https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2F-jCLr7ncrdI%2Fhqdefault.jpg)
Frankenstein | Guillermo del Toro | Bande-annonce officielle VF | Netflix France
Écrit et réalisé par Guillermo del Toro, FRANKENSTEIN arrive sur Netflix le 7 novembre. Avec Oscar Isaac, Jacob Elordi, Mia Goth, Felix Kammerer, Charles Dance et Christoph Waltz. Le réalisateu...
/image%2F2289674%2F20170307%2Fob_6be7d7_stalker4.jpeg)
/image%2F2289674%2F20251113%2Fob_12c85d_4a954d7ae1745694c2a9ac426057a75b.jpg)