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LES RÊVEURS

Un film d’Isabelle Carré.

 

« J’ai fait ce film pour les jeunes qui font de plus en plus de passages à l’acte », explique Isabelle Carré. Pour la première fois, l’actrice est passée de l’autre côté de la caméra afin de mener à bien un projet qui lui tenait à cœur : adapter au cinéma son propre roman éponyme, lui-même inspiré par sa propre histoire. En 1984, alors qu’elle avait 14 ans, à la suite d’une tentative de suicide, elle avait séjourné, plusieurs semaines durant, à Necker, l’hôpital parisien des enfants malades, en pédopsychiatrie. Aujourd’hui, alors que la santé mentale a été déclarée « grande cause nationale » de l’année 2025, les chiffres sont alarmants. Alors que le nombre d’enfants et d’adolescents souffrant de problèmes mentaux est en constante augmentation, seule la moitié d’entre eux peut être accueillie et soignée, faute de places et de personnel soignant dans les services de pédopsychiatrie.

Le film est conçu en forme d’aller et retour entre l’aujourd’hui et l’hier. Aujourd’hui, nous découvrons Elisabeth, interprétée par Isabelle Carré en personne, une comédienne et actrice qui anime un atelier d’écriture et d’expression dans un service psychiatrique pour adolescents. Au contact de ces jeunes en souffrance, Elisabeth se souvient de sa propre enfance et de sa propre adolescence et de ce séjour à l’hôpital Necker après qu’elle ait tenté de se suicider en avalant tous les médicaments de la boite à pharmacie familiale.

Pour commencer, Isabelle Carré prend soin d’évoquer, par petites touches, le climat familial de l’adolescente Elisabeth : un frère bien-aimé mais des parents souvent absents, trop préoccupés par leurs affaires d’adultes pour se soucier de leurs enfants. C’est ainsi qu’Elisabeth reçoit dans sa chambre un garçon de son âge sans que les parents n’aient l’idée de s’interroger à ce sujet. Expérience malheureuse, premier amour déçu, insupportable blessure pour une adolescente déjà mélancolique qui rêve de pouvoir s’envoler comme les oiseaux dessinés sur les murs de sa chambre et qui soudain prennent leur envol.

En fait d’envol, c’est à l’hôpital Necker que se retrouve Elisabeth, bientôt confrontée aux médecins, infirmiers et autres intervenants (un professeur de maths !) et, bien sûr, aux autres patients, garçons et filles ayant plus ou moins le même âge qu’elle. Un lien particulièrement fort se noue entre Elisabeth et une jeune fille de son âge. Mais ce qui surprend, c’est qu’à cette époque-là, en dehors des quelques visites des psychiatres (quand les jeunes les voient arriver, ils disent « voilà la Gestapo ! ») et la distribution quotidienne de médicaments, rien n’est proposé à ces jeunes, au point qu’eux-mêmes se mobilisent pour réclamer, au moyen d’une pétition, de pouvoir sortir prendre l’air, de temps à autre, en dehors du service.

Les va-et-vient entre l’aujourd’hui et l’hier mettent ceci en évidence : hier, c’est-à-dire dans les années 1980, si la prise en charge des adolescents se limitait au strict nécessaire, par contre le personnel soignant était largement suffisant ; aujourd’hui, au contraire, si la prise en charge des patients s’est considérablement enrichie grâce, entre autres, à des propositions d’ateliers, ce sont les places disponibles qui font défaut ainsi que le nombre d’intervenants du personnel soignant.

Le film, magnifiquement servi par la jeune actrice Tessa Dumont Janod et par l’ensemble du casting, trouve son équilibre en mêlant à son naturalisme des plages de poésie, de rêves et de musique. Å plusieurs reprises, reviennent les oiseaux dessinés qui prennent vie pour s’envoler vers le ciel, ce qui conduit irrésistiblement vers la superbe chanson de Zaho de Sagazan, La Symphonie des éclairs.  

8/10

 

                                                                       Luc Schweitzer

Tag(s) : #Films
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