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LA CONDITION

Un film de Jérôme Bonnell.

 

Adaptation d’un roman de Léonor de Récondo intitulé Amours, ce film sort sur nos écrans avec un autre titre : La Condition, un titre judicieux qui s’accorde à merveille avec son propos, qui plus est selon les deux significations que l’on peut donner à ce mot, d’une part le rang social, d’autre part la base sur laquelle se conclut un accord.

Jérôme Bonnell, dont j’avais grandement apprécié deux films, Le Temps de l’aventure en 2013 et Chère Léa en 2021, signe là son premier film en costume. En effet, nous avons affaire à un quasi huis-clos dont l’action se déroule en 1908 à l’intérieur d’une maison bourgeoise sise à la campagne. Cinq personnes cohabitent dans cette demeure : André (Swann Arlaud), le chef de maison ; son épouse Victoire (Louise Chevillotte) ; Mathilde (Emmanuelle Devos), la mère d’André, grabataire et ne pouvant communiquer que par le truchement d’une craie et d’une ardoise ; et les deux bonnes, Huguette (Aymeline Alix) et Céleste (Galatea Bellugi), venue là on ne sait comment depuis son Alsace natale.

Le film est plastiquement superbe, la photographie en est de toute beauté : les intérieurs éclairés à la bougie, les subtils contre-jours font songer à des tableaux de maîtres. On pense parfois au peintre danois Vilhelm Hammershøi. Quant à nous, spectateurs, notre position est délicate car, dès les premières scènes, c’est comme si nous étions les témoins indiscrets de ce qui ne se dit et ne se fait que dans le secret des maisons. Nous voilà donc transformés ou promus en observateurs d’un drame survenant à l’intérieur de cette maison cossue d’un coin de campagne indéterminé.

C’est qu’il s’en passe, des choses, derrière les portes bien closes de cette demeure. Celui qui y règne ou qui veut y régner sans partage, c’est l’homme, André, le maître de maison qui, parce qu’il ne se satisfait pas de son épouse peu encline à le recevoir dans son lit, a jeté son dévolu sur Céleste, la plus jeune des deux bonnes. Or, voici que l’on découvre que cette dernière est enceinte et que, comme elle en est déjà à son sixième mois, il ne peut être question d’avorter. Non, c’est une autre idée qui survient : convaincre Céleste d’abandonner l’enfant, Victoire se faisant passer pour sa mère. En somme, un peu comme s’il s’agissait d’une GPA avant l’heure ! Victoire accepte cet accord mais à la condition qu’André ne s’approche plus jamais de son lit !

Jérôme Bonnell se garde de moraliser le film. Il n’en est nul besoin. Il suffit de mettre en scène la véridicité des personnages pour faire percevoir ce qui les anime. D’une part, on a affaire à une juste représentation de ce que fut (et est encore ici et là) le patriarcat : l’homme convaincu de ses droits et de sa supériorité qui parvient toujours à obtenir ce qu’il veut. D’autre part, et c’est peut-être plus inattendu quoique bienvenu, on a affaire à une histoire de sororité, comme on le dit volontiers de nos jours.

Je n’en dis pas davantage pour me garder de dévoiler tous les ressorts du film. Ce que j’en ai dit, cependant, suffit à faire comprendre que, s’il s’agit d’un film en costume, il s’agit aussi d’une œuvre qui aborde des questions très actuelles : la GPA, la remise en cause du patriarcat, la sororité. Rajoutons que, en fin de compte, oui, Amours, le titre que Léonor de Récondo a donné à son roman, convient tout autant que La Condition à cette histoire.  

8/10

 

                                                         Luc Schweitzer

 

Tag(s) : #Films
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