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LES ENFANTS VONT BIEN

Un film de Nathan Ambrosioni.

 

Est-il concevable qu’on puisse abandonner ses proches (et ici, en l’occurrence, ses propres enfants) par amour pour eux ? Cet étourdissant paradoxe est bel et bien énoncé à la fin de ce film. Suzanne (Juliette Armanet), jeune mère visiblement à bout de souffle, débarque à l’improviste avec ses deux enfants, Gaspard (9 ans) et Margaux (6 ans), chez sa sœur Jeanne (Camille Cottin) avant de disparaître au petit matin en ne laissant derrière elle que quelques lignes écrites sur une feuille de papier. Voilà Jeanne, femme dont on découvre qu’elle est lesbienne et ne souhaitait pas avoir d’enfant, propulsée malgré elle dans une parentalité de fortune ! Gaspard et Margaux, qui plus est, c’est à peine si elle les connaît, mais peut-elle se dérober, les laisser ?

Par bonheur, Nathan Ambrosioni, le réalisateur, préfère l’épure plutôt que le pathos : les liens qui se font, se défont, se font à nouveau entre Jeanne et les deux enfants, il les met en scène sans emphase aucune, trouvant toujours le ton juste pour exprimer le désarroi, les souffrances et les espoirs des deux enfants tout comme le mélange de détermination et de doute de celle qui est, en quelque sorte, propulsée mère de substitution. Quand viennent des larmes, que ce soit celles des enfants ou celles de Jeanne, elles sont captées avec la distance et la discrétion qui conviennent.

Tout est du même ordre dans ce film qui ne s’embarrasse jamais d’aucun effet tapageur. Le cinéaste privilégie une approche juste et fine, faisant percevoir les mille nuances des sentiments qui s’emparent des uns et des autres : les regards, les hésitations, les gestes parfois maladroits, les paroles pas toujours ajustées, tout est capté avec la simplicité qui convient. Il faut dire que, dans un registre comme celui-là, Camille Cottin est une actrice idéale, elle trouve toujours le ton adéquat, les manières d’être qui s’harmonisent parfaitement avec le propos d’une scène ou seulement d’un instant.

Enfin, on le dit souvent, c’est vrai, à propos des enfants qui jouent dans des films, mais il faut le redire à nouveau : grâce à une direction d’acteurs de grand niveau, les deux acteurs en herbe qui tiennent les rôles des enfants, Manoä Varvat et Nina Birman, sont parfaits de naturel. Ils ne donnent pas l’impression de jouer, tant ils habitent les rôles qui leur sont confiés. Ils font clairement saisir la distance qui les sépare : d’un côté, le garçon, plus mûr, en plein désarroi face à l’incompréhensible abandon de sa mère ; de l’autre, la fillette, encore trop jeune pour comprendre les enjeux de ce qui se passe mais déjà oscillant entre colère et besoin de sécurité. Avec eux, pour eux, Jeanne cherche à construire comme elle peut son identité nouvelle, qu’elle n’avait pas du tout prévu, être mère malgré elle.    

8/10

 

                                                                       Luc Schweitzer

Tag(s) : #Films
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