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MEKTOUB, MY LOVE : CANTO DUE

Un film de Abdellatif Kechiche.

 

Il a fallu attendre huit ans, depuis la projection, à la Mostra de Venise, de Mektoub, my Love : Canto Uno, pour que sorte enfin sur nos écrans ce Canto Due. Il est vrai qu’entretemps il y eut un Intermezzo mais qui ne fut projeté qu’à Cannes ! Cette longue attente s’explique surtout parce que Abdellatif Kechiche connut une série de déboires : la faillite de sa société de production, un contentieux juridico-financier l’opposant à une partie de ses investisseurs, un montage sans cesse remis sur le métier, une plainte d’agression sexuelle classée sans suite et, pour couronner le tout, un AVC dont fut victime le réalisateur en personne ! Il n’en faudrait pas autant pour qu’il soit question de film maudit. Un film maudit qui, néanmoins, sort sur nos écrans et dont on pouvait raisonnablement espérer qu’il soit du même niveau que le Canto Uno.

Ce n’est malheureusement pas le cas. Comparé au premier volet, le Canto Due m’a paru assez décevant. Certes, l’on perçoit encore le plaisir qu’a manifestement éprouvé le réalisateur à filmer son ode à la jeunesse et l’on ne manquera pas de saluer le changement de regard d’un cinéaste qui, pour signifier la sensualité des corps, filme désormais les visages plutôt que les fesses, contrairement à ce qu’il faisait auparavant : #Me Too est passé par là ! Dans Canto Due, les seules fesses sur lesquelles s’attarde la caméra sont celles d’un garçon en fâcheuse posture !

On retrouve le personnage le plus singulier de l’histoire, Amin, le photographe, toujours un peu un retrait des autres protagonistes, comme un observateur qui ambitionne de parfaire son art. Mais sa présence non seulement ne surprend plus mais se dilue, en quelque sorte, dans un ensemble de scènes qui peinent à susciter l’intérêt. Beaucoup d’entre elles paraissent inutilement bavardes.

Si quelques-uns des protagonistes vus et appréciés dans Canto Uno restent présents à l’écran, le Canto Due se concentre davantage sur un couple de nouveaux venus, des Américains on ne peut plus caricaturaux : Jessica Patterson (Jessica Pennington), une actrice célèbre, et Jack (André Jacobs), son mari et producteur à la fois. Avec des personnages aussi parodiques que ces deux-là, le film se perd dans des séries de scènes simplistes qui culminent, in fine, avec rien moins que du vaudeville se résolvant lui-même en tragi-comédie. On appréciera néanmoins les répliques pleines d’humour de celles et de ceux qui, dans un hôpital, se rendent compte qu’ils ont affaire à une actrice connue.

Tout se résout par la fuite d’Amin, seul dans la nuit. N’est-il pas la personnification de l’artiste, seul, toujours seul, dérouté, déçu par une ode à la jeunesse qui n’a pas pu se résoudre en quelque chose de réellement collectif ? 

5,5/10

 

                                                                       Luc Schweitzer

Tag(s) : #Films
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