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SUR UNE CITATION DU JOURNAL DE JULIEN GREEN

Je suis absorbé, depuis quelques jours, par la lecture du volume IV du Journal intégral de Julien Green qui vient de paraître aux éditions Bouquins et, comme toujours lorsque je lis des pages de cette œuvre, je prends régulièrement note de citations dont je fais aussitôt le miel de mes réflexions et de mes méditations. En voici une que je relève ce matin, je la cite in extenso :  « … Je ne crois plus ce que disent les hommes. Ce matin, à la radio, j’entendais chanter la messe par des voix admirables qui nous venaient d’Annecy. Mais quoi, ce sont des voix d’hommes chantant de la musique faite par des hommes. Dieu n’est pas nécessairement dans les œuvres des hommes et il faut le chercher ailleurs. Il est dans le silence. C’est là sa demeure la plus secrète. Quand les hommes me parlent de lui, je me méfie de plus en plus, et qu’ils mettent une robe noire, blanche ou brune pour me parler de lui n’y fait rien, aggrave même parfois les choses, car alors ils parlent de lui comme des professionnels. Je suis injuste, sans doute. Mais non. Il faut se souvenir d’Elie et du tremblement de terre. Dieu n’est pas dans le tremblement de terre, mais dans la petite voix silencieuse qui parle ensuite. » (Toute ma vie, Journal intégral de Julien Green, 14 octobre 1951).

Il me semble que ce texte touche à quelque chose de profondément juste. Nous nous leurrons si facilement en croyant que nos paroles et nos chants sont accordés à la voix de Dieu, qu’ils en transmettent la force, la grâce, la beauté. Mais il suffit d’écouter la plupart des cantiques que nous chantons dans nos églises pour percevoir qu’ils ne sont que le pâle reflet de nos aspirations, qu’ils procurent surtout un plaisir esthétique (dans le meilleur des cas) plus que véritablement spirituel. « Quand tu pries, dit Jésus, retire-toi dans le secret de ta chambre… ». Quant aux paroles des prêtres, homélies ou autres discours pieux, ce sont bien souvent, en effet, paroles de professionnels ou de spécialistes qui n’expriment (dans le meilleur des cas) que le contentement qu’éprouve l’orateur lui-même, confit dans son autosatisfaction parce qu’il prononce une péroraison parfaitement construite. Quand j’étais enfant, j’entendais au-dessus de ma tête le curé monté dans sa chaire et qui, parfois, se mettait à tonitruer avec une voix de tremblement de terre ! Aujourd’hui, j’écoute respectueusement les homélies de mes confrères prêtres (qui ne tonitruent plus guère) en me disant, le plus souvent, que ces belles envolées (dans le meilleur des cas) ne ressemblent ni plus ni moins qu’à de la paille emportée par le vent. En écrivant cela, je ne me mets, bien évidemment, pas à part et je suis bien conscient de n’être surtout que le porte-parole de mes propres pauvres trouvailles. Julien Green a raison : Dieu ne parle guère dans nos chants (sauf peut-être quand il s’agit des œuvres de quelques compositeurs, à commencer par Jean-Sébastien Bach) et il parle moins encore dans les homélies et autres discours de prêtres et de religieux. Dieu parle dans le silence, c’est vrai, il est la petite voix qui murmure dans le silence et, si l’on veut l’entendre, il faut faire silence !

Tag(s) : #Journal, #Ecrivain, #Billet d'humeur, #Citations
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