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THE DREAM OF GERONTIUS

Un texte poétique de John Henry Newman mis en musique par Edward Elgar.

 

À la fin des années 1980 ou au début des années 1990, si ma mémoire est bonne, j’avais lu, dans le Journal de Julien Green, une note concernant un texte à la fois spirituel et poétique de John Henry Newman (1801-1890), The Dream of Gerontius. Julien Green remarquait, entre autres choses, que, malheureusement, en France, rares étaient ceux qui connaissaient cette œuvre du grand théologien et poète britannique. Quelque temps plus tard, je m’en souviens, j’écrivis une lettre à Julien Green, lettre dans laquelle je réagissais à la note de son Journal en lui expliquant que, pour ma part, je connaissais et j’aimais cette œuvre de Newman non seulement sous sa forme écrite (je l’avais achetée dans une édition bilingue) mais aussi sous sa forme chantée, puisque j’avais en ma possession un enregistrement de l’œuvre que composa Edward Elgar (1857-1934) sur le texte de Newman.

C’est cette composition que je veux aujourd’hui promouvoir, d’autant plus qu’une nouvelle interprétation de l’œuvre vient de paraître chez LPO. C’est une réalisation assez inclassable à vrai dire, qu’Elgar lui-même définissait comme un poème mis en musique plutôt que comme un oratorio ou une cantate. Le sujet en est original et audacieux puisqu’il s’agit rien moins que de dialogues poétiques décrivant l’agonie, plutôt paisible au demeurant, d’un croyant, puis du cheminement de son âme jusqu’au purgatoire. L’affirmation de la foi catholique s’y exprime clairement (le texte fut publié par Newman une vingtaine d’années après sa conversion au catholicisme) mais le ton général de l’œuvre n’est en rien militant. Il s’agit bien plutôt d’une méditation profondément spirituelle et poétique sur la migration, pourrait-on dire, de l’âme d’un défunt, avec intervention, outre la voix de celui-ci, de celle d’un ange, mais aussi de chœurs angéliques, de celle de l’ange de l’agonie et même de chœurs démoniaques. Le texte, autant que je puis en juger, moi qui ne suis pas très féru en anglais, est d’une grande beauté, imprégné de piété, certes, mais dénué de bigoterie (d'ailleurs, ce personnage à qui Newman a donné le nom de Gerontius n'est nullement une figure de sainteté mais plutôt un être qu'on pourrait dire ordinaire). Il affirme ceci : que notre destinée, à nous les humains, c’est d’être réunis auprès de Dieu.

L’enregistrement qui vient de paraître rend pleinement justice à la composition d’Edward Elgar comme au texte de Newman (même si le compositeur a effectué quelques coupures). Les solistes en sont Jamie Barton (mezzo), Allan Clayton (ténor), James Platt (basse). S’y ajoutent le Hallé Choir, le London Philharmonic Choir et le London Philharmonic Orchestra, le tout placé sous la direction de Edward Gardner. L’orchestre et les chœurs, en particulier, impressionnent et l’on croirait, parfois, avoir affaire à des magnificences quasi opératiques évoquant le Parsifal de Wagner. Pour ce qui concerne les solistes, même si leurs interprétations ne peuvent rivaliser avec les voix de certains enregistrements de référence (celui de John Barbirolli en 1964 avec Janet Baker dans la voix de l’Ange, par exemple), on a tout de même droit à quelque chose de très honorable. La qualité est au rendez-vous et permet de goûter, comme il convient, cette œuvre méconnue et néanmoins admirable.  

8,5/10

 

                                                                       Luc Schweitzer

Tag(s) : #Musiques, #Spiritualité, #Poésie
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