Un film de Abd Al Malik.
Les films qui évoquent le passé esclavagiste de la France, celle du temps des colonies, sont peu nombreux. En s’emparant de ce sujet par le biais de l’histoire de Furcy, l’esclave qui, durant la première moitié du XIXe siècle, s’est battu pour faire reconnaître ses droits, en particulier ceux que sa naissance lui conféraient, car il était né libre, entre autres en vertu du droit du sol, Abd Al Malik non seulement exhume une page sombre de l’histoire de notre pays mais interroge, bien évidemment, la France d’aujourd’hui, celle qui vote de plus en plus massivement pour le Rassemblement national, un parti qui, précisément, ne cesse d’attaquer et de mettre en question le droit du sol.
Ce lien entre l’hier et l’aujourd’hui est clairement indiqué au début et à la fin du film, au début par l’incantation d’un homme interprétant un maloya, un genre musical propre à la Réunion, à la fin, pendant le générique, par l’interprétation d’un slam. Entre les deux, au moyen d’une reconstitution et d’une mise en scène de haut niveau, nous accompagnons Furcy dans son long combat, depuis 1817 jusqu’à 1843, année où, enfin, la Cour royale de Paris reconnaît son statut d’homme libre.
La France, qui se targue si volontiers d’être le pays de la liberté et des droits de l’homme, n’en a pas moins toléré, sinon approuvé, l’exploitation d’êtres humains asservis et esclavagisés en vue de travailler dans les colonies. Furcy, interprété par Makita Samba, est doté d’un pouvoir très peu fréquent chez les esclaves : il a appris clandestinement à lire. Et c’est ainsi qu’il parvient à prendre connaissance de la lettre d’affranchissement que sa mère Madeleine lui a léguée. C’est sur cette base qu’avec l’aide d’un avocat acquis à la cause de l’abolitionnisme, Me Gilbert Boucher (Romain Duris), il entame son combat pour la justice et la liberté.
Mais comment réclamer justice dans un tribunal, face à un maître (Joseph Lory, interprété par Vincent Macaigne) qui ne veut pas perdre son bien, alors que, comme l’affirme sans détour l’avocat général, on est considéré par le droit comme rien d’autre qu’un meuble ? On comprend qu’il ait fallu plusieurs décennies à Furcy pour gagner son combat, tant il eut affaire à une partie adverse bien déterminée à le mâter. C’est ainsi que Furcy, pour sa punition, est envoyé sur l’île Maurice où, enchaîné, privé de tout, travaillant dans une plantation de cannes à sucre, il subit les pires humiliations de l’esclavage (jusqu’à la survenue d’un cyclone, à la suite duquel il put reprendre son combat). Certaines scènes, il faut le préciser, extrêmement violentes, sont difficiles à regarder. La mise en scène, parfois très virtuose, souligne à l’envi l’immense détresse de l’homme réduit à endurer les pires sévices de l’esclavage.
C’est, paradoxalement, grâce au sucre, l’aliment dont certains se servent pour justifier l’esclavage, que Furcy, libéré de ses chaînes, parvient à prendre un peu d’indépendance pour pouvoir mieux renouer avec sa lutte pour la pleine liberté. C’est ainsi qu’il retrouve Me Gilbert Boucher, son défenseur. Ayant quitté l’île Maurice pour Paris, c’est, en fin de compte, devant la Cour royale qu’il demande justice. Abd Al Malik filme admirablement les joutes verbales qui résonnent dans le palais de justice. Au bout du compte, à l’heure du verdict, à l’occasion du discours du président du tribunal, on retrouve presque la force, l’humanité profonde, la grandeur de certains grands moments de cinéma (comme le formidable discours que prononce Charlie Chaplin à la fin du Dictateur). Puissent ces paroles trouver leurs résonances aujourd’hui, alors que, malheureusement, comme je l’écrivais plus haut, le RN ne cesse de gagner des voix !
8/10
Luc Schweitzer
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