Un film de Jean-Paul Salomé.
Tiré d’une histoire vraie, ce film retrace avec brio l’itinéraire hors norme de celui que, au lendemain de son arrestation, la presse surnommait « le Cézanne de la fausse monnaie ». Cet homme, Ceslaw Jan Bojarski, d’origine polonaise, admirablement incarné par Reda Kateb, n’avait, au demeurant, ni l’apparence ni les manières d’un bandit. Certes, le film s’ouvre par le braquage d’un fourgon de la Banque de France rempli de rames de papier, suivi par une fusillade, mais c’est parce que, dans un premier temps seulement, Bojarski s’était associé à une bande de malfrats. Très vite, en effet, après que les bandits en question aient été arrêtés, le faussaire en vient à préférer le travail en solitaire, chez lui, dans un atelier qu’il a dissimulé au mieux afin, si possible, de ne pas éveiller de soupçons, pas même ceux de sa femme Suzanne (superbement interprétée par une actrice trop rare et ô combien attachante, Sara Giraudeau).
Pendant pas moins de treize ans, seul dans son atelier, Bojarski s’ingénie à copier (et même, c’est le comble, à améliorer) les différents billets émis par la Banque de France durant tout ce temps. Les copies sont si admirablement contrefaites qu’elles sont quasi indétectables. Et pourtant, Bojarski ne travaille qu’avec les moyens qu’il a lui-même conçus et réalisés, mais, il faut le dire, c’est un homme de génie qui déjoue et déroute la police par son incroyable habileté, son étonnant savoir-faire.
Bien sûr, dans ce genre d’histoire, il finit toujours par y avoir des failles. Même l’homme le plus doué, le plus prudent, même celui qui s’est fixé des règles à ne jamais transgresser (ne pas écouler plus d’un billet par boutique, ne rien faire d’ostentatoire, etc.), même celui-là ne peut penser à tout, ne peut tout contrôler. Il y a sa femme Suzanne qui, après bien des années, finit par avoir des soupçons. Il y a l’obligation, pour Bojarski, d’acheter, dans des bureaux de tabac, des quantités invraisemblables de papier de cigarettes à rouler (une des matières de base pour la confection des billets). Et il y a Anton (Pierre Lottin), l’ami encombrant, plus ou moins écervelé et manquant de prudence.
Jean-Paul Salomé met excellemment en scène l’histoire du jeu du chat et de la souris entre, d’un côté, André Mattéi (Bastien Bouillon), le policier qui s’est juré d’arrêter le faussaire au point d’en faire son obsession et, de l’autre, Bojarski, le faux-monnayeur de génie. Le film est non seulement captivant du fait des péripéties qu’il met en scène mais aussi et surtout parce que ce personnage de prodigieux faussaire est, qu’on le veuille ou non, fascinant. En le voyant si formidablement interprété par Reda Kateb, on peut penser à la parabole rapportée dans l’Évangile de Luc au chapitre 16, versets 1-8, parabole dans laquelle Jésus raconte l’histoire d’un gérant malhonnête et achève son propos par cette sentence : « les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière ». Même si, en l’occurrence, dans le film, on a affaire à un homme qui oeuvre seul, dans le secret de son atelier.
8/10
Luc Schweitzer
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