Un film de Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon.
Les trois réalisateurs de ce film signent une œuvre singulière en forme de portrait d’un garçon paumé, désorienté, cherchant sa voie et trouvant, sur son chemin, des individus atypiques, excentriques, tout aussi paumés que lui, auxquels il s’attache au point de les considérer bientôt comme les membres d’une autre famille que celle du sang, une famille de cœur.
« J’ai l’impression de n’avoir fait que des mauvais choix dans ma vie, de n’avoir jamais pris la bonne direction, de n’avoir jamais fait un truc qui me plaisait vraiment ». Voilà ce qu’affirme Laurent (Baptiste Perusat), un garçon de 29 ans, ayant quitté ses proches, en particulier sa sœur, pour rejoindre, hors saison, une station de montagne, dans l’espoir incertain d’y trouver ce qui donnera un sens à son existence.
Il va sans dire que l’évocation d’un tel personnage, que le portrait d’un garçon aussi déboussolé que Laurent, que tout cela résonne fortement avec notre temps. N’est-il pas avéré qu’une partie importante de la jeunesse d’aujourd’hui souffre de mal-être, au point même que nombre d’entre eux développent des troubles d’ordre psychique ? Or, dans le film, non seulement Laurent paraît complètement désorienté mais les personnes qu’il rencontre dans la station des Alpes du Sud où il a l’intention de séjourner paraissent tout aussi esseulées et désemparées que lui.
Cela commence avec Lola (Monique Crespin), une vieille femme délaissée qui n’aspire qu’à mourir le plus tôt possible. Puis Laurent fait la rencontre de Farès (Djanis Bouzyani), un jeune homme qui a pris ses quartiers au bord d’une route montante pour y prendre en photo les voyageurs, en particulier les cyclistes, pour leur proposer ensuite d’acheter les clichés. Enfin, surviennent Sophia (Béatrice Dalle) et son fils Santiago (Thomas Daloz), un garçon qui se passionne pour les Vikings au point qu’il rêve de vivre comme eux. Autant d’excentriques, de solitaires, de marginaux avec qui Laurent se lie et auxquels il se raccroche bientôt comme à une sorte de planche de salut.
Lors d’une scène, alors que Laurent accompagne Santiago sur un chemin de montagne, ce dernier lui demande quel est son plus grand souhait, ce qu’il rêve d’accomplir. La réponse ne tarde pas : « aimer et être aimé ». Qu’espère Laurent ? Que cherche-t-il ? En vérité, peut-être a-t-il déjà commencé de concrétiser son souhait, mais pas nécessairement à la manière qu’il imagine ? Car, pour ce qui est d’aimer et être aimé, le film ne cesse d’en montrer des concrétisations : pas seulement parce qu’il y a une ébauche d’histoire d’amour, d’une part avec Farès, d’autre part avec Sophia, mais surtout parce que Laurent donne la preuve d’un dévouement exemplaire avec Lola, cette vieille femme qui n’aspire qu’à mourir et à qui il apporte un peu de douceur de vivre.
La mise en scène de ce film parachève la beauté et la profondeur d’un tel sujet. Les réalisateurs font preuve d’un sens accompli de la narration, ménageant des temps en apparence inutiles (mais qui ne le sont pas du tout) pour mieux laisser place à l’expression des sentiments les plus profonds. Le film sonne juste et il dit quelque chose de la grandeur de l’humain : se dépasser soi-même pour mieux servir l’autre.
8/10
Luc Schweitzer
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Laurent dans le vent (2025) - Bande annonce HD
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