Un film de Mascha Schilinski.
Prix du Jury (ex-aequo avec Sirât) au festival de Cannes 2025, ce film se présente à nous comme une fresque de grande ampleur, se déroulant certes dans un lieu unique mais sur une durée d’un siècle en quatre périodes distinctes. Ce qui pourra perturber, peut-être, certains spectateurs, c’est que, plutôt que de respecter la chronologie, la réalisatrice a opté pour de fréquents sauts dans le temps, en avant ou en arrière et sans jamais donner d’indications précises à ce sujet. Autrement dit, il nous est demandé, à nous, spectateurs, une participation et une implication totales dans le but à la fois d’être fascinés par la beauté formelle du film et déroutés par ses arcanes.
Entrons résolument dans le mystère d’une ferme du Nord de l’Allemagne en y accompagnant les présences et les destinées de quatre personnages féminins ayant vécu, comme je l’ai indiqué, durant quatre périodes différentes. Des personnages féminins, il faut insister sur ce point, car il s’agit, en quelque sorte, d’un film de réparation, délibérément axé sur celles qui, habituellement, ne comptent pas ou ne comptent que dans un rapport de soumission aux personnages masculins. Mais ici, au contraire, c’est le regard féminin, c’est le point de vue des filles ou des femmes qui est privilégié.
Dès le début, sans être aucunement démonstrative, la mise en scène s’attache à associer différentes périodes. Ainsi découvrons-nous, dans cette grande ferme qui sert de cadre à tout le film, une fillette blonde aux cheveux tressés en train de s’amuser avec ses sœurs. La caméra suit particulièrement Alma, la fillette blonde, jusqu’à l’isoler des autres enfants. Bientôt, quelque chose semble avoir changé. Alma est seule, la porte du salon est fermée, et elle ne peut s’empêcher de regarder par le trou de la serrure. Elle aperçoit sa mère devant l’autel improvisé sur lequel ont été déposées les photos des défunts de la famille. D’une manière indéfinissable, nous basculons dans une autre époque tout en assistant à un rituel familial en l’honneur des défunts.
Tout le film est construit sur ce même principe, suggérant ainsi, de manière extrêmement subtile, les correspondances, les liens invisibles, entre les habitants de la ferme, d’une époque à une autre. Ainsi la réalisatrice évoque-t-elle, avec une étonnante fluidité, la petite Alma des débuts du XXème siècle, Erika durant les années 40, Angelika pendant les années 70 (celles de la RDA) et Lenka des années 2000.
Si le film baigne tout entier dans une atmosphère à la fois envoûtante et mystérieuse, il n’en dévoile pas moins l’une de ses intentions : mettre en évidence, quelle que soit l’époque, l’emprise d’un patriarcat qui semble n’avoir aucune peine à se transmettre et dont les femmes sont toujours les victimes. Il était donc d’autant plus important d’adopter leur point de vue. Mascha Schilinski ne se prive de rien, pas même de scènes qui pourraient paraître triviales mais ne le sont, en vérité, pas du tout. Ainsi de cette femme qui approche le sexe de son homme de sa tempe en s’émerveillant de la sensation de chaleur qu’elle perçoit alors.
La sensualité est présente, oui, mais aussi la trace des disparus, les fantômes omniprésents des défunts, leurs émotions qui se transmettent invisiblement. La mort est là, faisant son œuvre, implacablement, afin qu’une génération laisse place à une autre. Le film n’est pas morbide pour autant, il est surtout d’une étonnante beauté formelle, non seulement du point de vue de l’image mais aussi du son, ce qu’indique très bien son titre original : Sound of Falling (Bruit de chute).
8,5/10
Luc Schweitzer
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