Un film de Annemarie Jacir.
Pour analyser un peu mieux la situation sempiternellement conflictuelle qui ne cesse de se réactiver sur la Terre que nous appelons sainte, il n’est pas inutile d’aller voir du côté des origines, si l’on peut toutefois identifier clairement un début. Toujours est-il qu’on ne peut rien perdre, au contraire, à remonter le cours de l’histoire, ce que fait Annemarie Jacir dans ce film ambitieux réalisé avec un incontestable brio.
Certes, cette réalisation, parsemée d’images d’époque, revêt un caractère quelque peu didactique, par la force des choses, mais cet aspect plus ou moins scolaire est largement tempéré par le soin apporté par la réalisatrice à donner le plus de place possible à une importante palette de personnages.
Pour ce qui concerne le contexte historique, le film nous rappelle (ou nous apprend) qu’en 1936, la Palestine est administrée par le Royaume-Uni, les Britanniques ayant partagé, à l’issue de la Première Guerre mondiale, le Proche-Orient en deux parts, l’une pour les Français, l’autre pour eux. Évidemment, à cette époque-là, les relents de colonialisme sont toujours actifs et c’est d’une main de fer que les Britanniques gèrent leur territoire, tout en acceptant l’installation de Juifs ayant fui le fascisme et la persécution qui sévissaient en Europe. Cette situation provoque sans tarder une révolte qui, ayant pris naissance dans les campagnes, gagne le pays tout entier.
Voilà pour le contexte historique. Mais ce qui rend passionnant le film d’Annemarie Jacir, ce sont les visages des uns et des autres. La réalisatrice opte pour une œuvre chorale, donnant chair à de nombreux protagonistes : en particulier, les habitants d’un village, une grand-mère, un prêtre (très impliqué dans la vie de sa communauté), un garçon prénommé Yusuf qui se résout à rejoindre la guérilla, etc. Du côté de la ville, d’autres personnages apparaissent, comme une journaliste qui milite pour l’indépendance de la Palestine, et son mari, un homme d’affaire plus ambigu que son épouse au point de trouver des arrangements avec l’occupant.
Et il y a les Britanniques que, heureusement, la réalisatrice se garde de dépeindre d’un seul bloc. Parmi eux, se distinguent le haut-commissaire, homme pour le moins ambivalent, un diplomate qui n’est pas insensible à la cause palestinienne, un gradé de l’armée d’occupation (aux cheveux longs) qui mène une offensive féroce, intraitable, violente, contre les révoltés, sans se soucier de châtier des innocents à qui il fait payer dans le sang les actes commis par les rebelles (ce qui donne lieu à une séquence particulièrement éprouvante). On remarque aussi, du côté des Britanniques, un officier chrétien qui, parce qu’il fait une lecture littérale de la Bible, se targue d’être partisan de la création de l’État d’Israël. N’est-ce pas au nom d’une même lecture littérale des textes bibliques que les évangéliques américains sont aujourd’hui, en grand nombre, partisans du « Grand Israël » voulu (à quel prix !) par Netanyahou et sa bande !!!
7,5/10
Luc Schweitzer
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