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SŒUR PHILOMÈNE

Un roman d’Edmond et Jules de Goncourt.

 

Si ce roman n’est pas le plus connu des frères Goncourt, il n’en est pas moins suffisamment intéressant pour être lu de nos jours sans déplaisir. Qui plus est, il témoigne d’un temps où, dans le milieu hospitalier, les infirmières ou aides-soignantes étaient majoritairement des religieuses. Aujourd’hui où la question de la laïcité se pose de manière parfois très vive, il n’est pas inutile de se remémorer cet autre temps, à la fin du XIXe siècle, un temps où, plus paisiblement qu’aujourd’hui, l’on savait procéder à une sorte de partage des tâches, celles dévolues aux médecins, celles qui revenaient aux religieuses infirmières.

L’idée de départ de Sœur Philomène vint aux frères Goncourt à l’occasion d’un dîner chez leur ami Gustave Flaubert. Ils y entendirent le récit d’une histoire vraie, celle d’un interne d’hôpital qui s’était suicidé et d’une religieuse infirmière qui l’aimait platoniquement et en secret et était venue veiller son corps en priant longuement. Partant de là, comme l’atteste leur célèbre Journal, les Goncourt, grâce à l’appui de Flaubert, purent s’introduire à l’hôpital de la Charité à Paris pour y mener à bien leurs investigations. Grâce à cette immersion, ils furent en mesure d’écrire un tableau extrêmement précis et détaillé de la vie et des activités d’un hôpital.

Pour les Goncourt, reconnaissons-le, la croyance, sinon la foi, de Sœur Philomène et, peut-être, de l’ensemble des religieuses, est en lien avec l’une ou l’autre névrose. Les auteurs prennent bien soin de raconter l’enfance et l’adolescence de Marie Gaucher, celle qui, lorsqu’elle entrera au couvent, sera affublée du prénom de Philomène (pour ne pas la confondre avec une autre enfant). Orpheline, elle est placée très tôt au couvent, tout en restant liée à sa famille d’adoption. Au couvent, elle est impressionnée par le dévouement d’une religieuse au corps quelque peu difforme. Mais, surtout, elle s’attache à une autre pensionnaire, plus âgée qu’elle, qui l’initie à une pratique religieuse à la fois fervente et orientée vers la pratique des sacrifices de piété.

Bien qu’ayant traversé également une période de sécheresse (les Goncourt semblent s’être bien renseignés sur les hauts et les bas de la vie spirituelle), Philomène entre au noviciat de l’ordre de Saint-Augustin, prononce ses vœux et est envoyée en hôpital. D’abord troublée, elle ne tarde pas à s’habituer à sa nouvelle vie et à se dévouer sans compter pour les malades. Les Goncourt, cependant, prennent soin, au moyen de dialogues, de différencier le travail du médecin ou de l’interne de celui de la religieuse infirmière.

Barnier, un médecin appelé à jouer un grand rôle dans la suite de l’histoire, le dit à Sœur Philomène, d’autant plus qu’il est question d’une malade qui lui est proche : « … vous qui savez donner du courage aux autres… », dit-il à la Sœur avant d’ajouter : « Moi, je ne sais pas, je ne peux pas ». Une scène de discussion entre les internes de l’hôpital témoigne des avis divergents au sujet des religieuses, les uns les soupçonnant d’être prosélytes, les autres insistant sur leur précieux dévouement.

Enfin, survient l’événement qui correspond au récit entendu par les Goncourt chez Flaubert. D’un côté, il y a Sœur Philomène, son amour platonique pour Barnier, sa résolution de ne pas se dérober à l’épreuve de la tentation (sans y succomber). De l’autre, il y a Barnier, un homme malheureux qui se met à abuser de l’absinthe.

Sans être aucunement un chef d’œuvre (le style des Goncourt est assez pauvre, je trouve), Soeur Philomène n’en demeure pas moins un roman de grand intérêt. Je le recommande volontiers.   

7,5/10

 

                                                         Luc Schweitzer

 

Tag(s) : #Livres, #Romans
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