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LE TRIANGLE D’OR

Un film de Hélène Rosselet-Ruiz.

 

La sororité n’est pas un vain mot, ce qu’illustre à merveille ce premier et très singulier long-métrage d’Hélène Rosselet-Ruiz, un quasi huis-clos se déroulant dans un hôtel particulier parisien aux allures de palace. Déjà filmée par une caméra de surveillance, mais sans le savoir, Laura (Malou Khebizi) fait partie des nombreuses candidates passant un entretien d’embauche en vue d’être employée à plein temps comme domestique à tout faire. Est-ce grâce à son profil atypique (elle est banlieusarde et aspire à s’engager à l’armée) ou à sa parfaite disponibilité (sept jours sur sept) ou encore parce qu’elle prétend ne « rien connaître à la politique » ? Quoi qu’il en soit, la voilà engagée sur le champ (et payée grassement, mais au noir !).

Son lieu de travail, elle en fait bientôt le tour, mais dans une certaine mesure seulement car l’hôtel particulier dont il est question ressemble à un labyrinthe aux innombrables pièces dont certaines lui sont interdites, celles qui sont dédiées aux « affaires de Monsieur ». Son rôle à elle, c’est d’être dévouée au service de Souria (Soundos Mosbah), alias « Madame » (« qui ne sort jamais »), sans se soucier des caméras qui filment tout ce qui se passe à l’intérieur du palace, un palace réservant des surprises, outre une vaste piscine, la présence, dans une cage où elle est bien malheureuse, d’une panthère !

Dans un premier temps, le film semble surtout devoir illustrer, à sa manière, la fameuse dialectique du maître et de l’esclave, Laura étant soumise aux ordres d’une « Madame » qui ne se gêne pas pour lui exprimer son mépris. Mais les regards et les rapports entre les deux femmes changent bientôt à la faveur d’événements que je n’explicite pas pour en laisser la surprise aux éventuels spectateurs. Toujours est-il que les deux femmes, Laura et Souria, en viennent à réaliser qu’elles sont toutes deux, et Souria bien davantage encore que Laura, les victimes d’un patriarcat d’un autre âge (et pourtant encore bien vivace) ! De ce fait, c’est un rapport de solidarité entre femmes qui s’établit et non plus de maîtresse à esclave. Il n’y a qu’un véritable maître dans cette histoire, l’homme (un prince d’un des Etats du Golfe ?) qui a enfermé, livré à son caprice et mis Souria sous surveillance. On ne le voit que furtivement, contrairement à un homme de main (Ziad Bakri), tout aussi enfermé que les deux femmes dans l’hôtel particulier et qui, assistant à leur détresse, semble tenté de prendre leur parti.

Pour rester crédible, un film au scénario aussi original doit être servi par un casting sans reproche. C’est le cas. Soundos Mosbah incarne parfaitement la fragilité et la peur inutilement dissimulées derrière une apparence de dédain. Malou Kebhizi compose idéalement son rôle de petit soldat décidé à ne pas se laisser esclavagiser. Quant à Ziad Bakri, il est le sbire pris de doutes et d’hésitation qu’il fallait pour ce film.   

7,5/10

 

                                                         Luc Schweitzer

Tag(s) : #Films, #Thriller
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