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ADIEU MONDE CRUEL

Un film de Félix de Givry.

 

Si, comme on le dit, « les voies de Dieu sont impénétrables », celles de l’amour paraissent, dans certains cas, sacrément étonnantes, voire carrément biscornues. L’histoire d’amour que conte Félix de Givry, qui signe là son premier long-métrage, est bien de cet ordre-là. Elle n’a lieu que parce qu’un garçon, un adolescent de quatorze ans au nom désuet, Otto Vidal, a voulu en finir avec la vie. Ce qui devait être le terme d’une vie s’avère, au contraire, être le commencement d’un amour bien vivant. Comme le dit la narratrice du film, en voix off comme dans certains films de François Truffaut, l’histoire qui est ici racontée commence par une fin et s’achève par un commencement.

Otto Vidal donc (Milo Machado-Graner) en a assez de sa vie, celle d’un souffre-douleur subissant les brimades incessantes de quelques-uns des élèves de sa classe de 3ème. C’est décidé, il va se suicider, mais pas avant d’avoir envoyé à tous ses condisciples une lettre, en précisant bien ceci : « si ce qu’on apprend dans cette école catho de merde est vrai, je vous attendrai en enfer ». L’enfer ne durera que peu de temps, celui de se débattre malgré lui, par instinct de survie, contre les flots bouillonnants de la rivière dans laquelle il s’est jeté.

Rescapé donc, Otto prend le parti de se cacher. Impossible de se présenter bien vivant à tous ceux à qui il a annoncé sa mort. Dissimulé dans un immeuble désaffecté, alors que les recherches pour le retrouver (retrouver son corps) ont commencé, il est repéré, un soir, par une élève de son école, Léna (Jane Beever), qui, aussitôt, décide de prendre son parti, non seulement de ne rien dire à personne mais de le cacher encore mieux, c’est-à-dire dans une chambre de l’hôtel que tient sa mère, une chambre qui ne sert jamais, assure-t-elle, et qui se trouve juste en dessous de la sienne (« quand je marche dans ma chambre, j’ai l’impression de marcher sur ta tête », lui dit-elle).

Ainsi naît et grandit une histoire d’amour qui, très probablement, n’aurait jamais eu lieu si elle n’avait pas emprunté ce chemin-là. Le film est magistralement mis en scène, un peu à l’ancienne, et l’on ne peut pas ne pas penser, en le voyant, à François Truffaut. Ce qui le rend remarquable, c’est que, du fait d’une réalisation très maitrisée et du jeu sans faille des deux jeunes acteurs principaux, tous les pièges de la sensiblerie sont évités. On est parfois au bord de la mièvrerie, mais une sorte de grâce fait que l’on n’y tombe jamais. Cette grâce émane essentiellement de Jane Beever, l’actrice en herbe qui joue le rôle de Léna, elle qui croit aux miracles et qui, alors qu’elle s’est réfugiée sur le toit de l’immeuble, affirme qu’ « il ne peut pas se passer que des choses mauvaises. » « Il y a forcément des choses belles qui vont arriver, ajoute-t-elle. Je ne peux pas rater ça. » Ce film, qui commençait par un désir de mort, s’épanouit pleinement dans un grand appétit de vie. Et c’est beau.   

8/10

 

                                          Luc Schweitzer

Tag(s) : #Films, #Film d'apprentissage
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