Un film de Markus Schleinzer.
Si le noir et blanc est le choix prioritaire (et, dans bien des cas, exclusif) de la plupart des grands photographes, il en est de même, non pas chez une majorité des cinéastes, mais chez une proportion non négligeable d’entre eux. Et chaque fois qu’un cinéaste opte pour le noir et blanc, il est presque certain que le résultat sera un bonheur pour les yeux des spectateurs. C’est le cas, à nouveau, avec ce film, Rose, de l’Autrichien Markus Schleinzer.
Cette œuvre, remarquable donc du point de vue de sa photographie, nous transporte dans une époque indéfinie, au lendemain d’une guerre particulièrement meurtrière dont on peut supposer qu’il s’agit de la guerre de trente ans (1618-1648). L’histoire dont il est question, celle qui s’inscrit dans la grande Histoire et qui nous est rapportée en voix off, bien que se fondant, semble-t-il, sur des faits réels, ressemble à un conte à la fois étrange et cruel (comme le sont souvent les contes).
Au lendemain de la guerre donc, arrive dans une bourgade un soldat au visage fendu par une cicatrice, une balle lui ayant traversé la mâchoire, un homme qui réclame son bien, son dû, une ferme à exploiter pour pouvoir subvenir à ses besoins. L’homme est accueilli et tout irait pour le mieux si cet homme en question n’était pas, en vérité, une femme ! Il ne s’agit pas ici de transidentité mais de se faire passer pour un garçon pour mieux s’approprier son destin.
Tel est le crime de Rose, incroyablement incarnée à l’écran par l’actrice Sandra Hüller. Un crime aux yeux d’une communauté qui ne saurait accepter ce qu’elle considère comme une impardonnable transgression : une femme se faisant passer pour un homme ! Auparavant cependant, Rose ayant dû convoler en justes noces avec une villageoise du prénom de Suzanna (Caro Braun), son secret est bien sûr découvert par cette dernière. Ce n’est pourtant pas Suzanna qui dénonce Rose, au contraire, une solidarité féminine se construit entre ces deux-là.
Mais les secrets les mieux gardés finissent par être éventés, ce qui donne lieu à des séquences finales qui font penser à certains films de Dreyer. On ne pardonne pas ce qu’on considère comme une imposture. Rose a voulu échapper à ce genre prédéfini qui était le sien, elle s’est créé une identité nouvelle, ce qui entraîne une terrible condamnation. Néanmoins, et même si ses juges s’ingénient à tout faire pour l’effacer de la mémoire des hommes, son étonnante histoire, son combat ne sont pas oubliés. En somme, ce film est un plaidoyer contre l’intolérance et contre l’obscurantisme. Il n’est pas incongru de le proposer aux peuples et aux communautés et aux individus d’aujourd’hui.
7,5/10
Luc Schweitzer
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