un livre de Charles Juliet.
Les livres rédigés à la deuxième personne du singulier ne sont pas légion et demandent, en règle générale, un effort de la part du lecteur. Avec Charles Juliet, c'est relativement facile, tant il nous conduit comme par la main pour nous confier ce qu'il recèle en lui à la fois de plus douloureux et de plus précieux. A commencer par l'évocation de ses deux mères: celle qui lui a donné le jour, une paysanne accablée par le travail, une femme qui avait entraperçu l'amour de sa vie pour le perdre aussitôt et qui avait fini par se résigner à un autre mariage, une femme passant constamment d'un accouchement à un autre jusqu'à ce qu'elle tente de se suicider après la naissance de son quatrième enfant, soit internée dans un asile pour y mourir de faim quelques années plus tard; et l'autre mère, celle qui, ayant pourtant déjà une famille nombreuse, a recueilli le quatrième enfant de la première et l'a élevé comme son propre fils. Commence alors le récit d'une enfance paysanne, puis de l'enrôlement de l'auteur en tant qu'enfant de troupe. Education à la militaire que l'adolescent subit en faisant profil bas, mais en gardant une âme de rebelle jusqu'à oser même vivre une aventure passionnée avec la femme de son chef. Enfin, Charles Juliet, libéré du carcan militaire, raconte comment, grâce à la femme qu'il rencontre alors et à la confiance de cette dernière, grâce au travail qu'il s'impose et malgré les découragements qui surviennent, il apprend à être écrivain. En un peu plus de 150 pages, l'auteur nous a livré son âme: une âme comme enracinée dans un terreau de douleurs, mais qui ne s'est défaite ni du goût de la vie ni de la recherche de l'espérance. En témoigne la dernière phrase du livre; "... tu sais qu'en dépit des souffrances, des déceptions et des drames qu'elle charrie, tu sais maintenant de toutes les fibres de ton corps combien passionnante est la vie."
9/10
Luc Schweitzer, ss.cc.
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