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MAGELLAN

Un film de Lav Diaz.

 

Le cinéaste philippin Lav Diaz s’est spécialisé dans la réalisation de films de très longue durée, qui plus est toujours composés de séries de longs plans fixes, ce qui peut paraître, je le reconnais, décourageant pour bon nombre de spectateurs. Fort heureusement, pourrait-on dire, Magellan, son nouveau film, paraît sur nos écrans dans une version courte de 2h36 (la version longue durant 9h !!!). Cela signifie concrètement que ce que nous voyons à l’écran n’est qu’un choix de séquences qui peuvent, à certains moments, sembler décousues. Mais c’est la seule limite à signaler concernant un film au demeurant à la fois splendide et très interpellant.

Malgré son titre, il ne faut d’ailleurs pas s’attendre à un biopic classique de Fernand de Magellan (1480-1521), le fameux navigateur qui, parti de Séville en 1519, longea la côte d’Amérique du Sud, franchit le passage qui porte désormais son nom (détroit de Magellan), traversa le Pacifique pour atteindre les Philippines. Tout ce périple est évoqué dans le film de Lav Diaz, Magellan étant excellemment interprété par Gael Garcia Bernal, mais pour en venir au cœur même du sujet, de ce qui intéresse le réalisateur.

Arrivés à Cebu, une île des Philippines, Magellan et les marins qui l’accompagnent sont confrontés aux peuplades autochtones et c’est là qu’intervient le vif du sujet. Déjà, la première scène du film nous montrait deux femmes indigènes de Cebu, l’une étant occupée à attraper des poissons ou des crustacés dans un cours d’eau. Ce qu’on constate aussitôt, c’est le contraste entre ces indigènes qui vivent entièrement nus et invoquent leurs divinités et les mœurs et convictions des colons.  

Ceux qui arrivent de leur pays lointain, à bord de leurs navires, sont en effet, quant à eux, habillés et porteurs de leur foi chrétienne. Une des scènes antérieures du film nous a fait voir Magellan prenant dans ses bras une figurine de l’Enfant Jésus. Or, au nom du christianisme, ce qu’apportent les colonisateurs, c’est la soumission et la violence. Soumission car, de manière maline voire sournoise, Magellan oblige les indigènes à rejeter leurs idoles pour devenir chrétiens (catholiques !) en recevant le baptême. La suite ne se fait guère attendre : bientôt, les hommes de Magellan rassemblent en tas les idoles de bois pour les brûler !

En somme, si le film de Lav Diaz se compose d’une suite de tableaux esthétiquement sublimes, c’est pour mieux dénoncer la violence qui s’est exercée sur les peuples autochtones des Philippines (le même constat pourrait être proposé en bien d’autres régions du monde). L’embryon de ce qui deviendra la mondialisation porte déjà en lui le malheur, la violence, la guerre. Les démons de la colonisation sont à l’œuvre et ce qui est terrible, c’est qu’ils agissent prétendument au nom du Christ !

La fresque somptueuse que propose Lav Diaz est aussi et surtout un grand film politique qui n’est pas sans répercussions sur notre temps à nous, sur notre contemporanéité ! 

8,5/10

 

                                                                       Luc Schweitzer

Tag(s) : #Films, #Histoire
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