une pièce d’Evguéni Schwartz.
Sauf si des questions de droits viennent contrecarrer le projet, voici la pièce que la troupe de théâtre « Réplic’Pus »que j’accompagne et dont je fais partie interprétera et représentera les 9 et 10 juin 2015.
Il s’agit du « Dragon », une pièce écrite par un auteur russe, Evguéni Schwartz, entre 1940 et 1944. Le but évident du dramaturge était de dénoncer les totalitarismes qui sévissaient à l’époque, le nazisme mais aussi l’oppression stalinienne. Bien sûr, il était inconcevable de le faire de manière frontale. C’est donc sous couvert d’une fable que l’auteur s’y est employé.
La pièce se déroule à une époque indéterminée mais fabuleuse, dans une ville soumise à la tyrannie exercée par un dragon depuis des temps immémoriaux. Des générations d’habitants de la ville ont vécu sous cette terreur et, au fil du temps, s’y sont quasiment résignés. Le dragon « protège »la ville tout en réclamant chaque année son tribut:une jeune fille. Bientôt, c’est la jeune Elsa, la fille de l’archiviste Charlemagne, qui sera emportée…
Arrive un inconnu, un étranger, portant le nom fameux de Lancelot. Il s’informe des événements et jure de combattre et de vaincre le terrifiant dragon. Hésitations, craintes, volte face, les habitants oscillent d’un sentiment à l’autre, mais il en est aussi qui ne voient pas d’un bon oeil l’arrivée de l’intrépide Lancelot, en particulier le bourgmestre et son fils Henri, tous deux rongés d’ambitions peu avouables.
Lancelot parvient cependant à terrasser le dragon, mais non sans être grièvement blessé et sans disparaître à la suite du combat. On pourrait imaginer que la ville est enfin libre et joyeuse, mais c’est sans compter sur les esprits retors et le peu de scrupules du bourgmestre et de son fils. D’une oppression, on est aussitôt passé à une autre! Et le bourgmestre a décidé d’épouser la belle Elsa, pourtant promise initialement à son fils Henri! N’y a-t-il donc pas d’issue, pas d’espoir, pas de recours? Faut-il se résigner, passer d’une dictature à l’autre sans se révolter? Qui redonnera une âme aux habitants de cette ville?…
La pièce d’Evguéni Schwartz, si elle a été écrite pour dénoncer les totalitarismes des années 40, reste bien évidemment d’actualité. Toute forme d’oppression, quelle qu’elle soit, peut conduire ceux qui en sont les victimes à la résignation et à la passivité. La pièce de Schwartz invite au réveil des consciences, à se mettre à l’écoute de celui qui refuse la fatalité et qui ose l’affrontement. Ce peut être quelqu’un qui vient d’ailleurs (comme Lancelot dans la pièce) et qui, par sa présence, sa parole et son audace, contribue à faire passer, même si c’est difficile, de la soumission à l’insurrection, de la triste résignation à la joie d’un désir de liberté. Ces thèmes nous concernent tous, d’une manière ou d’une autre. Pas besoin de vivre sous un régime totalitaire pour se sentir concerné. N’y a-t-il pas, en chacun, de ces asservissements auxquels, avec le temps, l’on s’habitue sans plus guère s’en étonner? Et n’est-ce pas un bonheur quand un « Lancelot »(ou quelqu’un d’autre) fait résonner en nos cœurs l’appel à tuer le dragon, à répondre à l’appel de la liberté et à aller au large? Il peut nous arriver, à tous, d’avoir besoin d’entendre la voix qui dit « non »…
Je découvre cette pièce et ne prétend nullement en avoir épuisé les richesses et les thèmes. Elle peut être lue de multiples manières, mais chacun y trouvera sûrement de quoi alimenter sa réflexion tout autant que ses rêves. Et, bien sûr, rendez-vous les 9 et 10 juin, si tout va bien, pour les représentations. D’ici là, c’est un bonheur pour moi (et, je n’en doute pas, pour tous les autres membres de la troupe Réplic’Pus) que de répéter et de nous préparer!
Luc Schweitzer,sscc
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