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AMIN

Un film de Philippe Faucon.

 

 

De film en film, Philippe Faucon fait preuve d’une grande maitrise pour mettre en scène les obscurs, les sans-grade, en particulier celles et ceux qui sont des immigrés, et qu’on n’a que trop tendance à mépriser (voire à vilipender). Ne serait-ce que parce que ce cinéaste accorde une juste place à ces personnes-là, son œuvre cinématographique mérite d’être saluée. Or Philippe Faucon fait davantage, il sait composer un film et tourner des plans qui vont droit à l’essentiel et créer ainsi de l’empathie pour les personnages.

Après « Fatima », en 2016, qui montrait avec justesse les difficultés d’une mère élevant seule ses deux filles, voici donc « Amin », portrait d’un Sénégalais venu en France pour y travailler sur des chantiers dans le secteur du bâtiment. Pour être complet, il faut aussitôt préciser que ce film dépasse le simple portrait d’un homme pour faire entendre les voix et le vécu d’autres personnages, tel un Marocain à qui, lors d’une des premières scènes, sa fille reproche d’avoir accepté passivement d’être exploité des années durant en travaillant « au black » et qui va donc devoir se contenter d’une infime retraite. Les hommes qui, venus d’autres pays, exercent les métiers du bâtiment, on ne fait pas grand cas d’eux, on ne se préoccupe guère de les écouter, on ne leur demande que d’obéir sans restriction, quitte, dans certains cas, à ce qu’ils prennent le risque d’un accident.

Pour ce qui concerne Amin (Moustapha Mbengue), tout est compliqué du fait qu’il a laissé derrière lui, au Sénégal, une femme et trois enfants. Philippe Faucon prend bien soin de montrer la réalité de ce qu’ils vivent au Sénégal, combien il est difficile pour la femme d’Amin d’accepter non seulement l’absence d’un mari (à qui elle demande de l’emmener en France lorsque, de temps à autre, il fait un court séjour au pays) mais aussi de supporter les regards inquisiteurs du voisinage surveillant de façon soupçonneuse chacun de ses actes et chacune de ses paroles. Quant aux trois enfants, comment ne souffriraient-ils pas de ne voir qu’épisodiquement un père dont la présence leur fait cruellement défaut?

Amin, en France, lui, malgré les dures conditions de vie qui lui sont imposées, parvient néanmoins à rencontrer quelqu’un d’accueillant. En l’occurrence, il s’agit de Gabrielle (Emmanuelle Devos), une infirmière divorcée et mère d’une adolescente chez qui il est employé pour un temps et qui, peut-être à cause de sa solitude affective mais aussi tout simplement parce qu’elle le trouve séduisant, ne tarde guère à avoir des relations intimes avec lui. Une liaison qu’elle ne dissimule pas, pas même à sa fille pour le moins réticente à l’accepter.

Sans effets inutiles, fidèle à son style dépouillé, Philippe Faucon réussit à faire entrevoir la complexité des vies et des expériences. Sur chacune, comme sur le film lui-même, semble se greffer la fatalité de l’inaboutissement. Après tout, n’est-il pas sage de reconnaître que nos regards n’ont jamais la capacité de saisir l’autre dans sa totalité ?  

8/10

 

                                                                       Luc Schweitzer, ss.cc.

Tag(s) : #Films
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